Basse-ville : Seuls ensemble

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Marie-Claude Lessard

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«J’ai eu envie de parler de la solitude en milieu urbain. Du désir d’être avec les autres et du besoin d’aimer et d’être aimé. » lit-on dans le programme de Basse-ville, une production du Hareng rouge présentée à La Licorne jusqu’au 15 février. Ces mots proviennent de Thomas Gionet-Lavigne, auteur et metteur en scène de la pièce. Le jeune créateur peut d’ailleurs se réjouir puisque, effectivement, les solitudes et les besoins d’aimer et d’être aimé de la génération des milléniaux se rencontrent ici avec une authenticité et une brutalité rarement égalées.

En moins de soixante minutes amplement suffisantes qui n’accumulent aucun passage à vide, Basse-ville (qui réfère à la Basse-ville de Québec) s’attarde sur le quotidien de deux grandes amies célibataires, l’une caissière dans un Metro (Katrine Duhaime) et l’autre paresseusement à la recherche d’un emploi (Charlotte Aubin), qui ne savent pas quoi faire de leur peau. Lors d’une chaude journée d’été passée à flâner près de la rivière après un copieux déjeuner de restaurant, il croise un jeune homme rêveur qui a désespérément besoin d’avoir des conversations profondes (Jean-Denis Beaudoin). Cette journée en apparence banale propulsera leurs questionnements existentiels à un autre niveau.

Il n’est pas toujours facile au théâtre d’exploiter l’ennui sans justement sombrer dans l’ennui. Gionet-Lavigne parvient à demeurer captivant en traitant de maux lourds de la société avec un réalisme puissant. Il équillibre savamment les moments de silence inconfortables mais nécessaires et les répliques volontairement creuses pour mieux dévoiler ses intentions. Appuyé à merveille par un décor minimaliste (un sofa rouge et une toile de fond conférant à l’oeuvre un aspect cinématographique de plus en plus en vogue au théâtre) et la trame sonore electro accrocheuse d’Alex Thériault servant efficacement de transitions aux scènes, le texte donne la part belle à l’épanouissement des personnages. Nul besoin ici d’effets visuels spectaculaires pour représenter la furie et la confusion des milléniaux puisque les mots, savamment choisis et ficelés, disent entièrement ce qu’ils ont à véhiculer.

Le langage préconisé par Thomas Gionet-Lavigne possède un style propre qui correspond parfaitement à celui utilisé par les gens de 20 ans d’aujourd’hui. L’emprunt à l’anglais urbain, le débit rapide, la spontanéité sans censure des dialogues…tout y est! Basse-ville ne se fait jamais moralisatrice, et c’est exactement pourquoi on s’y attache autant. On a tous rencontré des protagonistes comme ce trio dans notre existence et, comme ils sont incarnés avec un réalisme saisissant et invitant, on se prend naturellement à replonger dans notre période trouble du début de l’âge adulte et ainsi saisir complètement leurs agissements.

Basse-ville séduit par sa poésie du quotidien, par sa volonté de faire réfléchir et de faire du bien. Tous les comédiens ont droit à des monologues savoureux pour briller individuellement, spécialement Charlotte Aubin qui est absolument déchirante dans son cri du cœur. Parallèlement, ils partagent une chimie irrésistible et crédible qui laisse une marque indélébile en nous.

Lors de votre prochaine journée d’ennui, ne restez pas enfermés et allez voir Basse-ville. Vous vous sentirez aimés et vous aurez le goût d’aimer à votre tour. Il reste encore quelques billets pour les représentations du 2 et 9 février ici.

Crédits Photos : Vincent Lafrance 

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