Daran ou l’adrénaline de l’endorphine

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Marie-Claude Lessard

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L’humidité qui inondait , hier soir, la Scène Bell n’a pas empêché nombreux festivaliers d’assister au passage tant attendu de Daran aux FrancoFolies de Montréal. Le chanteur français, qui réside à Montréal depuis plusieurs années, est parvenu à combler autant les irréductibles fans que les curieux grâce à l’intensité émotionnelle de sa voix et ses mélodies rock et alternatives planantes.

Même si ce concert de 60 minutes ne constituait en aucun cas à une première partie pour le spectacle Paloma de Daniel Bélanger, force est de constater que les deux hommes possèdent des similitudes telles que le les longs solos instrumentaux et la manière de transposer sur scène leurs pièces poétiques traitant d’amour et d’actualité. Ces ressemblances ont donné droit à une soirée magique que Daran a débuté à la fois avec panache et élégance.

Souriant, l’artiste a déclaré avec un enthousiasme partagé qu’on ne pouvait savoir comme c’est beau être ici. Au contraire! On ne pouvait que croire à son bonheur immense de se produire aux Francos, d’autant plus qu’il n’a pas pris cette invitation à la légère. Il a délibérément abandonné la piste de la facilité en optant pour l’audacieux pari de proposer l’intégral d’Endorphine, son dernier album paru en 2017 et qui comporte neuf morceaux.

De prime abord, neuf pistes peuvent paraître bien peu, mais, avec ce disque, Daran se permet plusieurs crescendos musicaux longs mais absolument délicieux et hypnotiques. Il s’agissait donc d’une décision osée, surtout dans un contexte de festival où le public espère pouvoir se défouler sur les grands succès qu’il connaît sur le bout des doigts, mais elle a rapporté.

En commençant  avec Dur à cuire et Elle dit qui traite brillamment du besoin d’avoir une religion libre qui comprend que les humains commettent des erreurs, l’auteur-compositeur-interprète a d’emblée démontré sa passion brute pour son métier. Il a vécu ses textes avec une crédibilité époustouflante qui ne pouvait que captiver les spectateurs  et les remplir d’adrénaline plutôt que de les anesthésier comme le titre de l’opus laisse présager.

Avec la complicité de ses talentueux musiciens aux jolis voix, dont l’enflammé Andre Papanicolaou, il a offert un fabuleux et merveilleux voyage qui a transporté les festivaliers au coeur d’harmonies somptueuses et de préoccupations sociales portant à réflexion. Provocateur mais jamais prédicateur, Daran a traité avec justesse de la pauvreté, du malheureux sort des gens habitant des régions éloignées et abandonnées, et d’individualisme avec les respectives Pauvre,ça rime à rien, Horizon et Une plage sans chien dont la musicalité donne des frissons.

À travers ce triste constat de la déshumanisation, Daran n’a pas oublié d’apporter une touche nécessaire d’espoir avec Je repars et Halima, qui aborde également  la féminité décomplexée, sujet que maîtrise l’artiste. Sur Halima, son amour pour la femme libre atteint des sommets de romantisme. Toute femme aspire à être la vedette de cette chanson. En fait, avec Endorphine, Daran manie les mots doux et les métaphores surprenantes avec un bouleversant style qui lui est propre. Sa prose reste en tête pendant longtemps.

Finalement, il ne pouvait en être autrement, le chanteur  a conclu son tour de piste avec une vieille connaissance, l’incontournable Dormir dehors qui a évidemment séduit tous les gens présents. Un moment classique de festival que l’interprète a savouré avec authenticité, intensité et joie même s’il le vit depuis des années.

Crédits Photos : Stéphanie Payez/Éklectik Média

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