Gala Juste Engagé : Osciller entre Trump et des sacs à lunch!

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Marie-Claude Lessard

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Dans l’ensemble, le Gala Juste Engagé présenté hier soir à la Place des Arts a déçu. Le duo d’animateurs composé de la Formule 1 des gala Laurent Paquin et du Français Jean-Luc Lemoine n’a pas créé d’étincelles, ce qui détonne quand on repense à leurs précédentes collaborations devenues cultes. Bon joueur, le public a applaudi généreusement même lorsque les rires se faisaient interminablement attendre. La plus grosse ovation de la soirée a été décernée à François Massicotte , qui a parlé de sa vie de père de cinq enfants devant conjuguer avec les listes de matériel scolaire inutilement complexes et les allergies alimentaires rendant la construction des lunch presque impossible.  Donc, comme vous pouvez le constater avec cette affirmation, l’humour engagé a été apprêté à toutes les sauces, certaines très savoureuses, raffinées et consistantes, alors que d’autres escamotaient les bases. Ce mélange inégale a sérieusement entravé le rythme de cette soirée de 100 minutes qui en paraissait plus comme 220…

Les interventions de Paquin et Lemoine remâchaient  tellement les sempiternelles blagues sur l’homophobie et le physique de politiciens mal aimés que l’impact de leurs réjouissantes remarques teintées d’autodérision s’atténuait en un instant. Le numéro se déroulant pendant une manifestation dans lequel s’est joint Anthony Kavanagh était particulièrement puéril et bien trop long.  La morale de ce sketch : L’argent achète toutes les convictions et la beauté sauvage de Justin Trudeau affaiblit tous les êtres nonobstant leur identité et orientation sexuelles. Parallèlement, la finale tout en chanson manquait cruellement de tonus, même si elle était agrémentée d’une talentueuse chorale. On déplore également le fait que les animateurs n’aient pas eu l’occasion de briller quelques minutes en solo…

Évidemment, le nom de Donald Trump a été mentionné plus souvent qu’à son tour. Malgré des blagues bien fignolées à son égard, elles sentaient un peu trop le réchauffé. L’humoriste qui a le mieux abordé le contexte américain actuel est Jean-François Mercier. Délaissant son côté vulgaire qu’il autoplagie tristement depuis les dernières années, il a offert une réflexion lucide sur les faits alternatifs. Il faisait du bien de voir son mordant personnage colérique être au service de propos pertinents. Dans le même ordre d’idées, Fabien Cloutier, comédien qui enchaine les tournages, a résumé avec une justesse troublante le paradoxe alimentant le gala. La plupart des personnes assistant à un gala engagé le font pour se donner bonne conscience, mais ça ne fait point d’eux des gens plus brillants. Pour illustrer ce point, l’auteur s’est délicieusement inspiré de quelques membres de sa famille…Même s’il empruntait des sentiers nébuleux pour parvenir à ses fins, il est arrivé à faire passer son message. Le public a été assez réceptif , mais lui a réservé des applaudissements plutôt tièdes. Comme quoi ce n’est pas tout le monde qui aime se faire remettre sur le nez ses contradictions sur la place publique…

Au bout de quelques lassantes minutes de gags sur l’embonpoint, le duo Dominic&Martin, qui célèbre cette année leurs noces d’argent, a abordé avec finesse le malaise entourant le terme handicapé. Dommage que ce segment soit arrivé bien trop tard dans le numéro…Roman Frayssinet, de son côté, a déridé bien des spectateurs en s’emportant contre la glorification de comportements animaliers qui ne dénotent nullement un signe d’intelligence supérieure.

Mélanie Couture, qui rit à la fin de ses phrases comme un certain Peter MacLeod, a raconté ses anecdotes rocambolesques impliquant des mononcles cochons. Si elle ne manque pas d’enthousiasme, ses textes ont besoin d’un peu plus de croustillant et de s’écarter des clichés. Tout à fait à l’opposé , Virgnie Fortin est arrivée sur scène avec sa désormais fameuse attitude légèrement désinvolte. Armée d’un sujet controversé, soit le surféminisme, elle a proposé des arguments fort valables sur le dégoutant mouvement féminazi, mais ses métaphores sur le camp de concentration ne provoquaient pas une ambiance propice au rire, et elles s’avéraient un peu trop denses pour plonger dans un état de réflexion.

Pour souligner les 35 ans de Juste Pour Rire, chaque gala présente un numéro marquant. Emmanuel Bilodeau s’est glissé dans la peau de son célèbre politicien massacrant le français à grand coup d’impressionnants calembours. Le segment, parfaitement adapté au goût du jour, a ravi le public. Même Laurent Paquin n’a pu s’empêcher de s’exclamer que ce numéro n’avait point vieilli.

Le Gala Juste Engagé est également présenté ce soir à 18h30 et 21h30.

Crédits Photos : Stéphane Couturier

 

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