Green Book : une touchante amitié improbable, mais quoi d’autre?

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Marie-Claude Lessard

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Disponible en DVD et Blu Ray dès le mardi 12 mars, le plus récent lauréat de l’Oscar du meilleur film a fait couler bien de l’encre. Certains détracteurs déplorent sa victoire, accusant l’Académie de favoriser un enjeu politique en encensant cette touchante amitié improbable qui masque sournoisement des stéréotypes racistes. En revanche, d’autres se sentent inspirés par ce récit de résilience qui, en ces jours plutôt sombres, réconforte. En fait, Green Book (Le livre de Green en version québécoise) est un troublant mélange de ces opinons, laissant donc à la fois dubitatif et émerveillé.

Après avoir visionné le long-métrage de 130 minutes , sans pour autant adhérer totalement à la décision (tout est une question de goût après tout), on ne peut aucunement être surpris de son sacre tant il s’avère le plus oscarisable des huit nommés : une histoire librement basée sur un fait vécu qui s’inscrit dans l’ère du temps, des performances bouleversantes, de l’humour galvanisant, de généreux moments larmoyants et un réalisateur prévisible qui effectue un virage à 180 degrés.

Après avoir saturé le marché des comédies romantiques avec des pastiches niais et mal ficelés repoussant paresseusement les limites de la vulgarité comme The Heartbreak Kid et Movie 43, Peter Farrelly s’aventure dans le drame historique convenablement, sans plus. Contrairement à The Favourite de Yorgos Lanthimos,  ce ne sont pas les angles de caméra qui servent ici l’intrigue et la propulsent à un autre niveau. Plus d’originalité dans la variété des plans aurait été bénéfique pour nuancer les scènes émotives, mais on embarque tout de même dans cette relation entre le chauffeur italo-américain Tony Lip (Viggo Mortensen) et le pianiste afro-américain Don Shirley (Mahershala Ali) qui sont contraints de bien s’entendre lorsque ce dernier a besoin d’un conducteur robuste pour assurer sa tournée des salles chics dans le Sud des États-Unis des années 60.

Dans la promotion du film, le qualificatif improbable est mis de l’avant pour que cette rencontre entre deux hommes que tout sépare se démarque parmi la panoplie des films autobiographiques sortant dans les salles. Parce que, oui, c’est improbable, dans le climat social tendu de 1960, qu’un homme noir se lie d’amitié avec un homme blanc et réciproquement. Oui mais…l’est-ce vraiment? Est-ce vraiment étonnant que deux êtres forcés de se côtoyer tous les jours développent des atomes crochus au fil de leurs entretiens? Pas réellement, c’est normal. Nonobstant la teneur de l’époque, surligner à ce point cette réalité peut en effet donner l’impression de faire la morale sans avoir une véritable envie d’évoluer. Une fois les scènes réjouissantes et les répliques sympathiques consumées, l’analyse du sous-texte du scénario commence et apporte son lot d’interrogations. Certains comportements des personnages sombrent dans le misérabilisme et le Je ne suis pas raciste, mais qui, dans le contexte actuel, fait sourciller.

Ceci dit, malgré de grosses ficelles désolantes qui cherchent trop à faire pleurer, on ressort du Livre de Green ébranlé et motivé à s’ouvrir davantage aux autres. Que les valeurs humaines soient appuyées ou pas, l’oeuvre réussit à bouleverser, en partie grâce au jeu fabuleux du duo principal à la chimie hors pair. Mortensen et Ali maîtrisent les sentiments, personnalités et motifs cachés de leur personnage avec une intelligence émotionnelle impressionnante qui prouve pourquoi ils sont de grands acteurs. Ils se distinguent même pendant des séquences tournant en longueur.

Viggo Mortensen séduit par son abandon, ses expressions faciales comiques et sa capacité de jouer dans la retenue quand il le faut. De son côté, Mahershala Ali mérite amplement son Oscar du meilleur acteur de soutien, deuxième qui lui a été attribué en moins de deux ans d’intervalle. Il incarne Don Shirley sobrement et avec une vérité absolument désarmante, spécialement lorsqu’il casse enfin sa carapace lors de la scène la plus percutante du film. Ce pianiste gai et extrêmement doué ayant un dangereux penchant pour la bouteille afin d’endurer l’injustice causée par la couleur de sa peau et l’abandon familial est sans contredit un protagoniste complexe et fascinant qu’on aurait aimé découvrir davantage tant son histoire est intrigante et inspirante.

Malgré quelques défauts et un traitement trop lisse et commercial qui suscite des réactions mitigées , Green Book vaut la peine d’être vu pour les performances des acteurs, et pas nécessairement parce qu’il est proclamé le 91e meilleur film des Academy Awards.

Crédit Photo : Universal Pictures

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