Je ne te savais pas poète : à jamais libres

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La poésie farouchement libre du couple passionnément torturé formé de Pauline Julien et Gérald Godin reprend vie dans plusieurs salles de théâtre québécoises à l’occasion du triste vingtième anniversaire de la mort de Pauline Julien. Jusqu’au 22 décembre, c’est à l’Espace Libre que l’hommage se déroule avec la pièce Je ne te savais pas poète mis en scène par André-Luc Tessier. Cette production du Tableau Noir puise dans les correspondances de La renarde et le mal peigné afin de brosser un portrait concis et magnifiquement intime de la relation épistolaire qu’a entretenu les deux  personnalités artistiques pendant près de 30 ans.

Avant même le début d’une représentation, les spectateurs se voient plonger avec intérêt dans l’univers poétique singulier de Julien et Godin grâce à deux musiciens jouant les pièces de Pauline et des archives audio d’entrevues accordées par Gérald. Les acteurs personnifiant ces mythiques personnages, Rose-Anne Déry et Laury Huard, s’installent tranquillement à l’intérieur d’un demi-cube d’ardoise pour écrire en ces murs dessins et citations tirées des lettres. Les phrases ne sont évidemment pas choisies par pur hasard ; elles donnent des indices temporels ingénieux sur la trame narrative à laquelle le public assiste, le tout constamment dans l’esprit furieusement rebelle et vrai des protagonistes. Ce choix permet également aux gens moins familiers avec la carrière du tandem de ne pas se sentir désorientés.

L’auditoire n’a pas le droit ici à une biographie classique de la vie quotidienne tulmutueuse de ces artistes. Il s’agit plutôt d’un embryon expérimental artistiquement tendre et truffé d’amour. Au-delà de l’admiration que suscite la qualité du travail de recherche et les efforts presque surhumains qui en découlent,  c’est la réussite totale d’en extraire un fil conducteur aussi limpide que ludique qui impressionne. Les chansons, extraits inédits et la présence des musiciens (Yves Morin et Étienne Thibeault) s’intègrent avec fluidité et pertinence dans les intrigues épistolaires. Le mélange ne paraît jamais trop lourd.

La beauté et la sincérité du langage incomparable et inimitable de PEAU line et G. frappent en plein coeur. La pureté des sentiments, qu’ils soient sublimés, enivrants ou incendiaires, trouvent écho dans toutes les relations amoureuses uniques des spectateurs. La lucidité, la transparence, les crises exsitentielles,  le désarroi, les contradictions et les déchirures mélodramatiques causées par les petites tragédies du quotidien forcent à l’introspection tout en provoquant bien souvent des manifestations simultannées de rires et de larmes.

À l’intérieur d’une mise en scène hyperréaliste et enlevante, Rose-Anne Déry et Laury Huard , qui s’expriment seulement avec les correspondances du couple, s’approprient les mots et les émotions s’y rattachant avec un profond naturel et un abandon complet qui poussent les spectateurs à faire de même. On ne sent nullement qu’ils ont appris les lettres par cœur ; ils les vivent. Leur interprétation du célèbre couple demeure constamment dans la crédibilité et les nuances. Même les tempêtes infernales du duo sont jouées dans un état de vérité qui évite tout cabotinage. Rose-Anne Déry, de par son aplomb et sa jolie voix, démontre un charisme magnétique et une prononciation irréprochable alors que le mélange de fougue et de vulnérabilité de Laury Huard chavire l’âme.

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Crédits Photos : Sylvie-Anne Paré

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