Le terrier : le pernicieux après

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Marie-Claude Lessard

L’affiche promotionnelle de la pièce Le Terrier pose la question suivante : quelle est la pire chose au monde? Beaucoup de choses peuvent venir en tête, mais la plus probante demeure la mort d’un enfant. En 2006, le dramaturge David Lindsay-Abaire s’est penché sur le sujet avec Rabbit Hole (Le terrier), son œuvre lauréate d’un prix Pulitzer qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique du même nom en 2010 mettant en vedette Nicole Kidman.

Le metteur en scène Jean-Simon Traversy s’est attaqué à la pièce en 2016 en la présentant au Théâtre Denise-Pelletier avec un succès critique considérable. Maintenant codirecteur artistique du Théâtre Jean-Duceppe, il y transpose jusqu’au 24 mars le récit d’un deuil d’un enfant de 4 ans happé par une voiture. On suit les répercussions de ce drame épouvantable à travers une famille décimée qui tente de mener une existence normale mais est-ce vraiment possible?

L’une des forces du texte réside dans la brochette de personnages qui expriment tous une manière différente de vivre l’inexplicable douleur reliée à la perte d’un garçon. Louis (Frédéric Blanchette) a besoin de demeurer dans ses souvenirs et apprivoise la mort de son fils Danny dans l’intériorité, voulant presque donner l’image que tout se passe bien. Tout le contraire de sa femme Becca (Sandrine Bisson) qui ne parvient à surmonter sa tristesse huit mois après, multipliant les comportements agressifs à l’annonce de la grossesse de sa sœur Isa (Rose-Anne Déry). Sa mère (Pierrette Robitaille), qui subit le départ de son propre gars, ne cesse de comparer maladroitement les deux tragédies, au grand dam de ses filles. Parallèlement, Jason (André-Luc Tessier), l’adolescent qui se trouvait innocemment à conduire alors que Danny traversait la rue à la poursuite de son chien, tente d’établir un contact avec la famille.

Pour illustrer cette histoire, Traversy opte pour une scénographie percutante par sa sobriété. Sous l’immense plateforme spacieuse se trouvent des objets ayant appartenu à Danny et divers accessoires liés à des événements qui ne se reproduiront plus. Ces items s’illuminent lorsqu’ils sont mentionnés dans le texte, ce qui augmente brillamment leur impact et démontre le vide qui submerge les protagonistes, tout comme le toit ressemblant étrangement à un cercueil qui plane comme une menace au-dessus de la scène. Ce sentiment d’étouffement trouve écho chez les spectateurs bouleversés par cette mise en scène intelligente et sensible qui laisse la place aux éloquentes implosions silencieuses.

Sandrine Bisson offre un jeu tout en retenue à la fois déchirant et explosif. Elle est magnifiquement accompagnée par un foudroyant Frédéric Blanchette qui renverse par sa justesse. Ils possèdent une chimie sincère qui chavire le cœur. À l’intérieur de ce drame, on assiste à des parcelles d’humour, parce que c’est aussi  ça la vie. Malheureusement, certains passages drôles brisent l’atmosphère. Pierrette Robitaille, dont la réputation comique n’est plus à faire, en souffre malheureusement puisque le public s’esclaffe à chacune de ses répliques, faisant perdre le sous-texte fragile. Heureusement qu’une  sublime scène entre elle et Becca lui permet de montrer une facette plus émotive de son énorme talent.

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Crédits Photos : Caroline Laberge

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