Moi, belle et jolie : c’est la confiance qui l’est!

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Marie-Claude Lessard

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Depuis quelques années, les comédies américaines obtiennent des résultats mitigés. Celles qui parviennent à surprendre et à se démarquer auprès du public ou des critiques ou des deux possèdent tous un point en commun : s’inspirer d’un fléau social d’actualité. Moi, belle et jolie, à l’affiche à compter de ce vendredi, s’attaque à l’obsession maladive de l’apparence, spécialement chez la gente féminine, avec suffisamment d’intelligence, d’émotions et d’exagération pour provoquer éclats de rire et moments de réflexion.

Amy Schumer incarne Renee Bennett, une new-yorkaise trentenaire quelque peu naïve qui travaille pour la section en ligne de la prestigieuse chaîne de maquillage Lily LeClaire. Persuadée et consciente que son célibat est intimement lié à ses courbes généreuses, elle se convainc qu’être magnifique peut lui ouvrir toutes les portes, à commencer son poste de rêve de réceptionniste au grand bureau d’Avery LeClaire (Michelle Williams). Alors que Renee suit un cours de mise en forme sur bicyclette, elle fait une mauvaise chute qui lui donne l’impression qu’elle a le corps parfait. Malheureusement, il n’en est rien. Elle est à la seule à se percevoir ainsi, ce qui augmente sa confiance en soi et qui inspire ses collègues. Elle obtient l’emploi tant convoité et déniche un homme extraordinairement adorable (Rory Scovel). Par contre, tout s’écroule le jour où Renee réalise que son esprit fabulait…

En cette ère du numérique où la première impression n’a jamais été aussi fatale, le film propose des interrogations fort intéressantes sur des sujets universels délicats. Le scénario d’Abby Kohn et Marc Silverstein (Célibataire mode d’emploi et Le voeu) englobe tous les points de vue reliés à la beauté: la mauvaise génétique, la chance, le manque d’estime, les stéréotypes, le besoin de valorisation… Pour bien faire assimiler les messages sans paraître assommants, les scripteurs accouchent de bien belles boutades franchement mordantes qui excusent les sempiternelles blagues médiocres et désolantes sur le système digestif de l’être humain.

En voyant Renee se pavaner et exhiber son surplus de graisse comme s’il n’y avait pas de lendemain, l’auditoire est confronté à ses propres préjugés. Parce que la société nous pousse à penser qu’une personne ronde qui s’adonne à des gestes sexy n’est pas acceptable, les cinéphiles vont admirer la confiance de la protagoniste mais ressentir certains malaises. Et c’est exactement là que réside la force de Moi, belle et jolie : nous bousculer, nous remettre en question. Tout ça dans le rire! Ceci dit, certaines scènes s’avèrent trop moralisatrices et prévisibles, particulièrement l’acte final. Les insécurités qui disparaissent du jour au lendemain. Dire aux autres de s’accepter alors que c’est le travail d’une vie. Les amitiés qui s’effritent mais qui redeviennent saines en un claquement de doigt. Les spectateurs peuvent alors avoir l’impression que le filon n’a pas été exploité à son plein potentiel.

Révélé au grand public grâce à son émission à sketchs Inside Amy Schumer, l’humorsite et comédienne n’a jamais fait dans la dentelle. Sans censure, elle assume son manque de confiance en affichant une attitude honnête -et son corps nu dans le célèbre calendrier Pirelli en 2016- qui inspire les femmes  de tous les milieux et gabarits. Dans les films dans lesquels elle joue, elle interprète ce genre de rôle : imparfaite et vulgaire. Des personnages qui donnent l’impression qu’elle interprète sa propre personnalité. Heureusement, dans Moi, belle et jolie, Schumer fait moins de blagues grossières qui existent dans le simple but de l’être. Elle propose une partition nuancée, sincère et vulnérable qui rappelle Bridget Jones. Ça lui va à ravir. Tellement qu’on espère la voir dans une composition dramatique incessamment… Michelle Williams, que l’on voit hélas rarement dans une comédie, tire très bien son épingle du jeu. Idem pour les meilleures amies de Renee jouées efficacement par Aidy Bryant et Busy Philipps.

Bref, Moi, belle et jolie s’avère être une comédie qui comporte suffisamment de blagues étonnantes pour être digne de ce nom. Le film fait oeuvre utile en promouvant une image saine pour toutes les jeunes filles et femmes qui doivent apprendre à s’aimer. Le message est trop important pour que le premier degré du scénario nous empêche d’être touché et diverti.

Ce film est à l’affiche depuis le 20 avril 2018.

Crédits Photos : Les Films Séville

2 pensées sur “Moi, belle et jolie : c’est la confiance qui l’est!

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