Roméo et Juliette: belle fin de saison à l’Opéra de Montréal

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Dominique Gauvreau

Depuis sa tendre enfance, il a trempé dans l'univers de la musique classique, de l'opéra et du ballet. C'est aussi un fan de cinéma et de séries télévisées. Diplômé en administration, il dirige un organisme communautaire en région. gauvreaud.eklectikmedia@gmail.com

Hier, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, avait lieu la première de « Roméo et Juliette » (Charles Gounod) présenté par l’Opéra de Montréal. C’était l’occasion de découvrir la Saguenéenne Marie-Ève Munger (Juliette) dans son premier grand rôle à Montréal et l’espagnol Ismaël Jordi (Roméo), vedette montante dans le monde de l’opéra européen. Se joignait à eux le jeune et solide baryton québécois Hugo Laporte dans le rôle de Mercutio.

©Yves Renaud

La distribution

Même si on annonçait avant le lever de rideau que Marie-Ève Munger était indisposée, il était difficile de s’en rendre compte tellement la voix, le jeu et la présence sur scène en faisaient une Juliette à la fois charmante et candide à la découverte de l’amour de cet étranger d’une famille rivale. Son personnage évoluera remarquablement tout au long des cinq actes. Elle passera de la jeune fille naïve à celle d’une femme décidée à faire face à son destin. L’interprétation de « Dieu! quel frisson court dans mes veines? » tranche nettement  de « Je veux vivre! » au premier acte. Munger nous amène dans deux univers opposés. La voix est magnifique, ample et les trilles sont toujours bien exécutés. Elle fait preuve d’une grande virtuosité.

Ismaël Jordi dans le rôle de Roméo est tout à fait crédible. La voix est superbe, puissante et tout en nuance. Elle me rappelle par moment celle de son compatriote Alfredo Krauss qui était de la distribution d’un enregistrement de cet opéra paru en 1986 sous l’étiquette EMI. De plus, Jordi a le physique de l’emploi. Il est agréable à regarder. L’air « Ah! lève-toi, soleil! », sans doute un de ceux les plus attendus a été un des moments forts de la soirée.

Hugo Laporte excelle dans le rôle de Mercutio. La voix est ronde, chaleureuse et juste l’air « Mab, la reine des mensonges » au premier acte est très bien exécuté. Il est convaincant dans la scène du troisième acte où il est frappé par l’épée de Tybalt. Il faut absolument le revoir sur scène dans les prochaines années.

Aux trois superbes chanteurs mentionnés précédemment s’ajoutent la voix riche d’Alain Coulombe dans le rôle du frère Laurent, la présence remarquable d’Alexandra Beley dans le rôle de Gertrude et la fraîcheur de Katie Miller dans le rôle de Stéphano. Les autres sont généralement à la hauteur de la situation. À oublier, Sebastian Haboczki dans le rôle de Tybalt, probablement indisposé samedi soir.

L’Orchestre métropolitain accompagne très bien les chanteurs sous la baguette de Giuliano Carella. Le chœur de l’Opéra de Montréal sous la direction de Claude Webster ne cesse de nous impressionner tout au long de la soirée.

©Yves Renaud

La production

Cette production ne nous est pas inconnue. Signé par Claude Girard en 1986, ce « Roméo et Juliette » jouissait alors de deux excellentes têtes d’affiche avec Alberto Cupido et Diana Soviero. J’avais assisté à la première. J’en avais gardé une forte impression.

Trente-deux ans plus tard, je constate que les décors et costumes qui ont été loués à plusieurs maisons d’opéra à travers le monde sont toujours aussi beaux. Le choix de respecter l’époque où se situe l’intrigue est une bonne chose. J’imagine mal ce texte qui regorge d’expressions que nous n’employons plus en français de nos jours et qui est imprégné d’une religiosité d’une autre époque, soit chanté dans une version dont l’intrigue se situerait au 21e siècle. Il y a des œuvres qui ne se prêtent pas à ce genre de réassignation. « Roméo et Juliette », à mon avis, en est une.

Je questionne certains éléments des éclairages qui passent du vert au rouge, sans doute pour créer un effet dramatique, ou qui projettent en ombre les chanteurs sur le fond de scène. C’est plus agaçant pour l’œil qu’utile.

De plus, je comprends mal la décision d’avoir coupé la scène nuptiale où Juliette s’écroule devant son père après avoir bu la potion à la fin du quatrième acte et celle du frère Laurent présent au sépulcre au début du cinquième acte.  Était-ce pour écourter une œuvre déjà fort longue?  Je crois que seul le metteur en scène pourrait répondre à cette question.

Malgré ces détails, c’est une très belle production que nous offre l’Opéra de Montréal pour clôturer sa saison 2017-2018.

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Distribution :
Ismaël Jordi, ténor
Marie-Ève Munger, soprano
Hugo Laporte, Baryton
Alain Coulombe, basse
Katie Miller, mezzo-soprano
Alexandre Sylvestre, baryton-basse
Sébastien Haboczki, ténor
Alexandra Beley, mezzo-soprano
Max Van Wyck, baryton
Rocco Rupolo, ténor
Nathan Keoughan, baryon
Scott Brooks, baryton-basse

Orchestre Métropolitain
Giuliano Carella, chef d’orchestre

Chœur de l’Opéra de Montréal
Claude Webster, chef de chœur

Claude Girard, décors et costumes
Éric Champoux, lumières
Jean-François Gagnon, maître d’armes
Noëlle-Émilie Desbiens, chorégraphe
Tom Diamond, metteur en scène

Photo d’entête: ©Yves Renaud

Première: le 19 mai 2018
Reprises: 22-24-26 mai 2018

Dominique Gauvreau

Depuis sa tendre enfance, il a trempé dans l'univers de la musique classique, de l'opéra et du ballet. C'est aussi un fan de cinéma et de séries télévisées. Diplômé en administration, il dirige un organisme communautaire en région. gauvreaud.eklectikmedia@gmail.com

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