Agnès Obel au Corona : d’une douce vulnérabilité

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Marie-Claude Lessard

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Forte de son passage à l’Impérial Bell à Québec deux jours auparavant, Agnès Obel a foulé la scène du Théâtre Corona, hier, en accomplissant ce qu’on pourrait presque appeler un exploit: obnubiler et envoûter un public qui a généralement la réputation d’être bruyant et de posséder une écoute limitée. Pendant plus de 75 minutes, la chanteuse danoise, accompagnée de trois musiciennes dont une originaire de Montréal, a partagé un spectacle planant, magnétique et harmonieux qui offrait une douce et poétique pause du quotidien.

Le quatuor entièrement féminin affichait une irrésistible complicité et a parfaitement fait l’étalage de leur incroyable talent. Certes, cette soirée revêtait une saveur féministe et un élan de solidarité était palpable, mais les choses qu’on retient véritablement sont plutôt la fluidité et la précision du violoncelle, les mélodies recherchées voire magiques du piano d’Obel qui donnaient inexplicablement envie de pleurer et les percussions poignantes qui faisaient vibrer le sol.

D’une rafraîchissante transparence, Agnès Obel n’a pas hésité à raconter les thématiques teintant ses compositions. Celle qui se considère privilégiée de pouvoir encore exercer ce métier après des épreuves difficiles a traité de solitude, du besoin insatiable de liberté et du temps qui passe trop rapidement. Elle transmettait ses interrogations existentielles avec une vulnérabilité et une sensibilité qui nous incitaient tout naturellement et inconsciemment à se connecter à nos propres émotions. Son spectre vocal, allant de splendides notes aiguës à des murmures saisissants en passant par du rauque subtil, émerveillait et nous envahissait d’un sentiment de bien-être. On se sentait privilégié, à notre tour, d’être témoin de tant de beauté.

Mois de septembre oblige, la chanteuse a fait la part belle à sa collègue Charlotte afin qu’elles présentent enduo la somptueuse pièce instrumentale The september song au piano. De manière générale,  il existait un efficace équilibre entre les textes et les changements de mélodie qui offraient de magnifiques crescendos. On a qu’à penser aux titres Trojan Horses ou It’s happening again sur lesquels il était aisé de s’imaginer de petites histoires fictives.

Dire qu’on pouvait entendre une mouche voler pendant les chansons relève de l’euphémisme. C’était fascinant d’observer les visages béats des spectateurs lorsqu’ils s’abreuvaient de chaque parole et voir ces mêmes visages sourire et crier à tout rompre entre les numéros. Cette respectueuse atmosphère électrique à la fois puissante et douce emplissait de bonheur. Autant les fans de la première heure que les néophytes ont trouvé satisfaction puisque l’interprète a livré autant les pièces de son album Citizen of glass datant de 2016 que des pièces moins récentes comme la populaire Riverside et On powdered ground.

Bref, ne reste plus qu’à espérer que Agnès Obel reviendra nous ensorceler dans un futur proche.

Crédits Photos : Stéphanie Payez/Éklectik Média

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