Hope Town : d’une fragile sensibilité

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Annabelle Richard

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Mercredi soir, Théâtre La Licorne, soir de première pour la pièce « Hope Town », coproduction de La Bordée et du Collectif du Vestiaire.

La petite salle intime se remplie rapidement devant une scène prête à se compromettre dans une fragile sensibilité. Un décor simple, dont les subtilités nous décrochent le sourire instantanément, se dresse devant l’assistance. Qu’il ait faim ou non, le spectateur se retrouve dans un restaurant Subway de Hope Town, en Gaspésie. Tout du décor rappelle la franchise : le comptoir orné de légumes frais, le présentoir à croustilles derrière la caisse, même le mur – un panneau horizontal monté sur roulettes – d’un beige chamoiré se prête au jeu.

Début de la pièce, première scène, les deux protagonistes principaux se retrouvent l’un face à l’autre dans une lourde lutte de non-dits. Seuls leurs deux regards qui se défient, surplombés des projecteurs, témoignent d’un chaos d’émotions. Soudain, une bataille de questions surgit de la bouche d’Isabelle, qui, en vacances avec son conjoint Francis, était entrée dans le restaurant pour aller au cabinet. Elle tombe nez à nez avec Olivier, son frère, « disparu » depuis cinq ans. « Qu’est-ce tu fais ici? », « T’étais où? », « Qu’est-ce que t’as fait depuis tout ce temps? » Isabelle est plongée dans l’incompréhension la plus totale, hésitant entre appeler la police ou contacter ses parents, attristés, sans nouvelle de leur fils.

Photo: ©Nicola Frank-Vachon

Olivier se ferme, se braque, derrière la serpillière et l’étiquette au nom de Mathieu, qu’il porte sur son uniforme d’employé. Il nous touche en plein cœur, paniqué, angoissé, fragile, émotionnel se refusant à vivre ce qui l’habite… quand il dévoile enfin pourquoi il est parti de la maison. Isabelle n’accepte pas les raisons qu’il évoque et en cherche la moindre parcelle de sens, aussi infime soit-elle. Pour elle, il n’y en a pas. Aucune. Elle ne peut pas le croire. Elle tente par tous les moyens de le convaincre de revenir, de le convaincre de contacter leurs parents, à tout le moins, en vain. Olivier prie sa sœur de partir… Elle finit par céder, impuissante, le cœur gros comme dix univers entiers.

Changement de scène.

Une tête d’orignal au-dessus d’un foyer bien chaud, Isabelle (Pascale Renaud-Hébert), son conjoint Francis (Jean-Michel Déry), sa mère Jeanne (Nancy Bernier), son père Luc (Jean-Sébastien Ouellette) … et Olivier (Olivier Arteau). Tous, ont un verre à la main et discutent, essayant de détendre l’atmosphère froide malgré la chaleur du feu qui règne. Le malaise est palpable. Est-ce qu’Olivier réussira à parler ouvertement avec ses parents? Est-ce qu’il leur avouera la vérité? Ou est-ce qu’il se laissera transporter dans le mensonge? À vous de le découvrir!

Photo: ©Nicola Frank-Vachon

Cette pièce regorge de répliques cinglantes, lancées à un rythme effréné; les décors sont beaux dans leur simplicité et le jeu des acteurs est généralement juste, souvent touchant. Le mensonge y flirte avec la vérité, et la vérité veut s’imposer en tardant d’y parvenir. Les sentiments humains y sont à vif, dénudés, intenses.

La pièce écrite par Pascale Renaud-Hébert et mise en scène par Marie-Hélène Gendreau saura vous déstabiliser et vous faire monter la larme à l’œil. Présentée jusqu’au 7 mars prochain.

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