Menteur : rire de nos miroirs fuyants

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Pour une comédie québécoise garantie de connaître un succès retentissant auprès d’un large public, on peut toujours compter sur Émile Gaudreault. Menteur, sa nouvelle offrande, ne fait pas exception avec des recettes de plus de 1 168 000 $ lors de ses cinq premiers jours d’exploitation dans les salles. Résultat évidemment pas très surprenant, surtout quand on considère l’irrésistible attrait commercial et pratiquement sans faux pas des deux têtes d’affiche principales: Louis-José Houde et Antoine Bertrand. Incarnant des jumeaux d’une manière étrangement crédible, les deux comparses font encore plus d’étincelles qu’on avait anticipé. La réussite de ce neuvième film de Gaudreault repose d’ailleurs essentiellement sur le talent explosif de la distribution puisque la prémisse hautement audacieuse de l’oeuvre dessert involontairement ses capacités comiques.

Avant même la sortie officielle de la première bande-annonce, les comparaisons avec les films Liar Liar mettant en vedette Jim Carrey affluaient, en partie à cause du titre similaire, mais elles sont littéralement mensongères. Le récit de Simon (Louis-José Houde), un menteur compulsif qui, après une intervention robuste de sa famille et collègues, voit tous ses mensonges devenir des réalités. Avec l’aide de son frère (Antoine Bertrand), qui est alors l’être le plus maladroit et malchanceux au monde, et  de Chloé, une rafraichissante nouvelle camarade qui est secrètement folle amoureuse de lui grâce à un mensonge (Catherine Chabot), Simon tente de détruire ce multivers en s’excusant un à un de tous les mensonges qu’il a prononcés, remettant ainsi en question la racine de se besoin profondément humain de mentir.

Entre comédie burlesque(on a droit à une boiteuse introduction mettant en scène des moines tibétains à l’origine du bouleversement dans l’existence du protagoniste) et dénonciation sociale (Simon défend des ouvriers d’usine floués par des administrateurs sans scrupule), le ton manque de clarté clair dès le depart. Le scénario, tantôt cliché tantôt original, jongle avec tant d’éléments à la fois que les spectateurs se demandent ce qu’ils doivent retenir, affectant donc la portée des blagues car trop occupés à se concentrer pour rire insouciamment. Par contre, certaines d’entre elles, spécialement les ”one liners”, font mouche, mais l’effet de répétition les font souvent tomber à plat. Même si on est en présence d’un univers fantastique assumé campé dans un décor réaliste, l’aspect caricature détonne avec le sous-texte du scénario qui cherche à offrir subtilement une proposition mature et touchante.

Certains mensonges devenant vrais donnent droit à des gags savoureux et véritablement ingénieux (on vous laisse les découvrir 😉 ), mais, malheureusement, un bon nombre s’avère inutile et ne fait qu’étirer une trame narrative souffrant déjà d’incohérence. Très actuelle, l’idée des multivers regorge de potentiel mais les effets spéciaux qu’elle engendre ne sont cruellement pas à la hauteur et l’affectent considérablement. La plupart des mensonges de Simon sont plus légitime que la qualité du visuel, ce n’est peu dire…

Menteur décortique relativement bien tout ce qu’implique l’acte de mentir. Fondamentalement, pourquoi les gens mentent? Pour gonfler notre estime? Pourquoi se mentir même si on est conscient des déchirements que cela provoque? Les scénaristes somment donc les cinéphiles pas trop subtilement d’embrasser la vérité même si elle blesse et de toujours demeurer à l’écoute de ses véritables rêves et ambitions. Une morale clichée qui tourne rondement les coins, mais qui, dans la société malade dans laquelle on vit, réussit assez bien à réconforter et émouvoir.

L’ensemble de la distribution effectue un travail admirable. On déplore la sous-utilisation de Véronique LeFlaguais et de Sonia Vachon dans des rôles secondaires un peu fades, mais leur immense sens du timing prend naturellement le dessus. Louis-José Houde semble un peu éteint et joue de manière automatique. Il manque cette petite magie qui caractérisait ses performances dans De père en flic 1 et 2. Antoine Bertrand est fidèle à sa réputation ; d’aller chercher des rires sincères dans des situations complètement ridicules et désespérantes grâce à son habileté époustouflante de s’abandonner à toutes les situations. Délaissant pour une rare fois les planches de théâtre où ses textes hyperréalistes font sensation, la dramaturge et actrice Catherine Chabot montre brillamment une autre facette de son talent.  Son personnage de fille trentenaire qui tente de voir la vie positivement après des années d’abus est le plus intéressant du film. Elle insuffle autant de contenu que de légèreté. Ce rôle geek prétexte à plein de références culturelles savoureuses s’ancre résolument dans la réalité contemporaine. On espère que cela inspira Gaudreault d’en inventer davantage dans ses projets futurs.

Crédits Photos : Les Films Séville 

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