Première de Caroline Savoie au Lion d’Or : la lumière au bout du gouffre

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Marie-Claude Lessard

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Dans le cadre de sa rentrée montréalaise hier, Caroline Savoie a rehaussé l’intimité feutrée du si réconfortant Cabaret Lion d’Or avec un décor végétal apaisant et son timbre si distinctif et chavirant. Dès l’ouverture, 150 mg, plus récent extrait radio traitant avec brio de l’angoisse de se médicamenter pour  tempérer des troubles anxieux, la boule dans la gorge et les larmes humides perlant sur les paupières inférieures refont surface. Les mêmes ressentis en février dernier lorsqu’on a découvert son deuxième opus, Pourchasser l’aube, une thérapie de onze chansons qui n’était d’abord pas née pour être endisquée mais plutôt pour survivre à une déroutante et lourde dépression.

Heureusement que l’autrice-compositrice-interprète s’est ravisée et a opté pour humblement nous aider avec nos propres démons tenaces car elle les extériorisent avec une rare lucidité lumineuse. En ce jeudi soir un peu frisquet, l’artiste originaire de Dieppe au Nouveau-Brunswick nous a inondé le plus simplement du monde de cette lumière pure et émotive tout en nous gonflant le cœur de spontanéité hilarante et de mélodies libératrices.

Si quelques âmes à l’intérieur de la centaine composant la salle farouchement attentive et enchantée trainaient avec elles un envahissant mal-être, la tête d’affiche, elle, elle l’a perdu et a ressassé son troublant vécu avec une inspirante fierté, celle qu’il soit justement du passé. Dans une salle comble, je suis seule au monde, a-t-elle chanté sur Aux alentours, mais personne dans le public ne pouvait ressentir cette sensation en la voyant interpréter si sublimement.

Pour habiller sa poésie inoubliable de par son authenticité, elle a collaboré avec Philippe Brault, le réalisateur de Pourchasser l’aube, pour équilibrer à sa sauce ses influences passant de Karkwa à Feist. Sur scène, le résultat a sidéré. La batterie puissante d’Alexi Babin Rioux, la basse vibrante de Donald O’Brien et la guitare experte de Marc-André Gosselin ont formé une symbiose revigorante, spécialement lors du solo rock délirant de Chanson de nuit, forçant instinctivement des balancements de tête approbateurs. Évidemment, le doigté déchainé de Savoie sur ses guitares n’était pas en reste. Ajoutez à cela son spectaculaire spectre vocal à la fois rauque et doux , et le mariage frisait la perfection.

Ce n’est pas seulement la portion musicale qui a séduit, mais la chanteuse en elle-même. Peu importe le nombre de fois que vous voyez Caroline Savoie en spectacle, le contraste entre sa voix chantée lisse et sérieuse et sa voix parlée qui enchaîne à une vitesse folle de sympathiques commentaires spontanés demeure saisissant, délirant et jubilatoire. Une seconde elle a traité avec classe de la détresse psychologique pour faire des blagues sur les stationnements à Montréal la suivante! Sa personnalité attachante, drôle, singulière et un peu maladroite a fait des ravages! Ses interactions avec la foule conquise par son charme naturel et sa nervosité assumée ont dévoilé des liens habiles et enrichissants à propos des chansons qui jouissaient d’ailleurs d’un ordre cohérent et fluide. Les pièces de l’album éponyme datant de 2016 se sont parfaitement modifiées à la maturité de l’univers folk rock d’aujourd’hui de la chanteuse.

Après une intermission arrivée sans crier gare, Caroline Savoie, seule sur scène avec sa guitare électrique, a admis que cette première médiatique était également le premier spectacle de la tournée. Choc! Le talent des musiciens, la pertinence des sujets présentés et les hilarants segments donnaient l’impression que la tournée avait déjà plusieurs spectacles bien rodés dans ses bagages! Après avoir raconté une soirée bien arrosée dans un bar de karaoké qui a laissé sa voix amochée, elle a offert Le blues de la transcanadienne, démontrant une souplesse vocale grandiose qui a fracassé le cœur de mille et une émotions. Tout comme le rappel, une percutante nouvelle chanson inédite et Jusqu’au dernier souffle, une ode à l’importance de matérialiser ses rêves qui a brisé la promesse que la chanteuse s’était faite de ne pas pleurer. Un moment émotif qui a laissé tout le Lion d’or éraillé et dans l’attente insoutenable d’une prochaine retrouvaille.

Toutes les dates de la tournée sont énumérées ici

Crédits Photos : Stéphanie Payez, Éklectik Média 

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