Tapis rouge de Matthias et Maxime : leçons d’amitié

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Marie-Claude Lessard

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Hier en début de soirée se tenait la première montréalaise de l’attendu Matthias & Maxime, le huitième film de Xavier Dolan qui prendra l’affiche à compter du 9 octobre prochain. Après un passage à Cannes en sélection officielle et une mini-tournée dans une dizaine de  Cinémas Cineplex à travers le Québec, la distribution est apparue unie et fière sur le tapis rouge extérieur du Théâtre Outremont malgré le froid presque glacial.

Long-métrage drôle, tendre et lumineux dont nous vous parlerons en profondeur plus près de sa sortie, Matthias & Maxime raconte comment un innocent baiser entre deux amis d’enfance (Xavier Dolan et Gabriel D’Almeida Freitas) pour les bienfaits d’un court-métrage amateur vient perturber l’harmonie d’un cercle d’amis tissés serrés. Ce film scelle la boucle d’une décennie au cours de laquelle Xavier Dolan s’est épanoui d’un océan à l’autre mais marque aussi l’arrivée d’un nouveau chapitre qui s’annonce plus affirmé et axé sur le jeu. Appuyée par une bande d’acteurs déjà grands amis bien avant le tournage de 60 jours, l’oeuvre explore avec une justesse époustouflante l’amitié sous toutes ses joies, routines et déchirures.

En quoi jouer dans ce film-là a changé votre perception de l’amitié?

Xavier Dolan : Il n’a pas changé ma perception de l’amitié. Ce film-là porte sur ma perception de l’amitié. À tous moments, mes amis m’ont rendu fier et m’ont ému. Donc, ce film-là, en fait, est juste venu renforcer ce que j’ai toujours ressenti par rapport à mes amis.

Gabriel D’Almeida Freitas : Je ne pense pas que ce film ait changé ma perception de l’amitié, puisque on s’aimait déjà d’amour avant le tournage, mais c’est venu me confirmer que tout ce que j’ai vécu avec mes amis, je n’étais pas le seul à le vivre. Dans le film, je retrouve mes amis du primaire et du secondaire de différentes classes sociales que je vois encore aujourd’hui.

Pier-Luc Funk: Le film est venu souder dans ma tête que l’amitié est vraiment l’une des choses les plus importantes dans ma vie. Dans les dernières années, je me suis beaucoup concentré sur le travail, je ne dis pas que je travaille moins aujourd’hui, mais je sais que je veux toujours être là pour mes amis, qu’ils puissent compter sur moi. Peu importe ce que je décide, je sais que mes amis vont venir m’appuyer, et le film est vraiment venu solidifier cette impression.

Antoine Pilon : C’est plutôt venu la renforcer! Je suis plutôt un optimiste dans la vie. J’aime l’amour et la bonne volonté, et le film représente vraiment ça dans une réalité où les gens changent et vieillissent. L’amitié, c’est quelque chose que tu choisis contrairement à ta famille, et c’est ce qui fait qu’elle a une importance différente. C’est un genre d’amour qui ouvre la porte à plus de confidences.

Adib Alkhalidey : L’enjeu que rencontre le personnage de Gabriel D’Almeida Freitas laisse soupçonner que le groupe d’amis va se dissoudre à cause de ses conflits intérieurs, et c’est quelque chose de très représentatif de comment on peut se sentir dans notre cercle d’amis. On parle très rarement de ruptures amicales alors que perdre ton sentiment d’appartenance à un groupe qui devient très souvent ta famille, c’est très violent! Je pense que c’est pour cette raison que le film est aussi poignant dans sa manière de toucher à quelque chose de fondamental qu’on prend trop souvent pour acquis.

Camille Felton : L’amitié, c’est souvent une chose acquise qui part de loin, donc je pense que ce film a changé ma perception de l’amitié en terme de jugement. Dans une gang, il y a des choses qui changent et qui bouleversent les amitiés, mais on se rend compte que les grandes amitiés resteront toujours. Ayant vécu de l’intimidation et beaucoup de changements d’amis, j’ai vécu moi-même les changements que vivent les personnages.

Xavier Dolan est un brillant directeur d’acteurs. Comment a-t-il élevé votre propre jeu d’acteur?

Gabriel D’Almeida Freitas : Il l’a élevé terriblement! En tant qu’acteur, je suis un gars quand même assez anxieux, mais il a réussi à me mettre en confiance énormément. Il a une passion que l’on voit rarement chez des réalisateurs. Il te donne toute l’énergie dont tu as besoin. Je me rappelle, lors de la première journée de tournage, il a sorti tout le monde du plateau pour qu’on fasse notre première scène ensemble juste nous deux. C’est une scène bien banale qui se passe dans un gym, mais ça nous a permis d’être à l’aise. Cette générosité-là m’a poussé à me dépasser. À la fin, Matthias est désagréable et se sabote. Je n’ai jamais joué un tel personnage à ce niveau-là et je trouvais ça intéressant de pouvoir pousser cette audace un petit peu plus loin.

Catherine Brunet : Il me connaît tellement qu’il pouvait me dire s’il avait plus vu Cath que le personnage dans une scène. Il m’a poussé à essayer d’autres choses, et je le faisais avec une confiance aveugle. Il essayait de créer quelque chose qui n’était pas mon naturel à moi, et c’est ça sa grande force. On vante souvent le naturel d’un acteur alors que si un acteur n’est pas naturel, il fait un personnage, et je crois beaucoup à ça. Le voir jouer et le voir se diriger m’ont aussi appris beaucoup.

Pier-Luc Funk: Xavier fait quelque chose que j’adore mais qui peut être difficile pour certains comédiens. Par exemple, s’il fait un gros plan sur moi, il va venir me parler pendant la prise pour me donner des indications du genre ris plus fort, encore plus fort, ris en te tapant la bouche! Tu le fais et tu recommences jusqu’à temps qu’il ait exactement ce qu’il veut. Ça, c’est vraiment le fun pour quelqu’un qui fait de l’impro! Ça nous force à jouer avec l’instinct, et j’adore ça! Aussi, s’il n’a pas à utiliser le son d’une prise, il va mettre de la musique sur le plateau. C’est extraordinaire pour un comédien d’avoir une ambiance sonore! Ça me permet de me concentrer et d’être dans le mood.

Samuel Gauthier : C’est tellement facile travailler avec Xavier! Quand tu as la chance de travailler avec un réalisateur qui a une vision aussi précise et qui sait exactement comment obtenir ce qu’il veut, ça ne simplifie pas forcément ton travail d’acteur mais ça fait sortir le meilleur de ta personne!

Adib Alkhalidey : Il a dit à voix haute sur le plateau que s’il ne dit rien, c’est que notre jeu est parfait. Dans ma tête, ça m’a mis en confiance car je savais ce qu’il savait ce qu’il voulait. Je n’avais pas à débattre avec lui. C’était très clair quand il était content de quelque chose. En tant qu’acteur, ça m’a appris à faire confiance à 100% et à simplement m’amuser sans chercher une approbation.

Camille Felton : J’ai beaucoup travaillé avec lui mon accent à la française parce que, au départ, c’était trop caricatural puisque c’était très loin de moi, cet accent-là! On a pratiqué les tonalités et où mettre l’accent dans les mots pour que ça forme une sorte de chanson sans prendre le dessus sur la personnalité extravertie du personnage. Aussi, c’était la première fois que je jouais avec un réalisateur qui jouait  dans son film. Déjà là, la façon de diriger les acteurs devient différente parce que, en même temps de jouer, il arrête tout d’un coup pour te donner une direction. C’est un peu déstabilisant, mais il pousse tellement la vis que tu ne te rends même plus compte que tu joues! Ça t’amène à des endroits où t’aurais jamais pensé être capable d’aller, et ça me permet aussi d’être capable d’utiliser ça pour d’autres personnages et me mettre dans une bulle intuitivement.

Crédits Photos : Stéphanie Payez, Éklectik Média

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