Charlotte a du fun, et nous aussi!

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Marie-Claude Lessard

Avant de se baptiser Charlotte a du fun, le film portait le titre De l’amour pour Noël, lui conférant ainsi un ton léger, inoffensif et teinté de bons sentiments. C’est pour cette raison que Sophie Lorain a exigé qu’un changement de nom soit effectué à l’endroit de son deuxième long-métrage en tant que réalisatrice. Une excellente décision car cette œuvre destinée principalement aux ados s’éloigne des clichés en s’adressant sans censure ni morale à son public cible.

Du haut de ses 17 ans, la Charlotte du titre (Marguerite Bouchard) cherche à guérir sa première peine d’amour. Le soutien de ses deux meilleures amies, Aube (Rose Adam) et Mégane (Romane Denis), devient vite insuffisant. Alors qu’elle applique avec ces dernières au magasin Jouets Dépôt qui embauche en masse des adolescents pour la période achalandée du temps des Fêtes, Charlotte réalise que la clé pour se remettre sur pied réside dans son émancipation sexuelle. La belle blonde commence donc à user de ses charmes pour attirer ses collègues masculins dans son lit. Un par un. Jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. Pour se défaire de l’étiquette de “salope de service” dont elle s’est malgré elle infligée, elle lance une campagne d’abstinence avec ses comparses féminines dans le but avoué de ramasser des dons pour une fondation…et celui  (pas trop) caché de faire suer les gars!

Par son scénario hyperréaliste et sa facture visuelle tout en noir et blanc, Charlotte a du fun rappelle instantanément Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur, un autre film acclamé qui dépeint la période trouble et contradictoire de l’adolescence avec une absence d’événements dramatiques extraordinaires. L´effort de Sophie Lorain ne souffre pas réellement de ces comparaisons puisqu’il possède sa propre identité. À travers des actions relativement communes comme écouter en boucle une vidéo vintage de Maria Callas interprétant Habanera (L’amour est un oiseau rebelle) ou boire de l’alcool en plein jour dans un parc, le film cerne avec une étonnante justesse la quête de sens dans laquelle les adultes à en devenir pataugent presque sans repère.

Le besoin de liberté, les revendications sociales, les questionnements existentiels, la marginalisation, se mouler aux conventions, la complexité des relations amoureuses, vouloir de nouvelles responsabilités sans assumer leurs désavantages…toutes ces thématiques trouvent brillamment écho sans ne jamais infantiliser les protagonistes et les spectateurs. Bien sûr, la sexualité jouit ici (sans mauvais jeu de mots!) d’une exploration profonde et mature. Jamais la sexualité des adolescents -et le double standard qui en découle- n’a été aussi bien montrée dans notre paysage cinématographique québécois.

L’écriture de Catherine Léger, qui signe son premier script en solo, est totalement à l’image de celle qui enchante et perturbe le milieu théâtral depuis plusieurs années : brute, moderne et percutante. À l’adolescence, tout se vit intensément, à commencer par le sexe, et ça, l’auteure l’a parfaitement bien compris. Aucune censure, juste du vrai et des réactions maladroites, ce qui est drôlement rafraîchissant pour ce genre de comédie romantique. Les dialogues, mordants à souhait, semblent être tirés de témoignages scolaires ou de vlog sur YouTube tant ils s’avèrent être une copie conforme du langage employé par les milléniaux. Tantôt insensées, tantôt engagées, les répliques, sans mener à des intrigues haletantes, ont le mérite de faire sourire franchement et de prouver aux adolescents qu’on peut les représenter au grand écran tout en étant fidèle et respectueux à ce qu’ils sont vraiment. La décision de ne pas montrer aucun parent et à peine effleurer leur existence renforce positivement ce sentiment.

À l’instar du scénario, la caméra de Lorain ne verse jamais dans le sensationnalisme. L’absence de couleurs ne parait nullement prétentieuse. Au-delà de son indéniable poésie, elle contraste magnifiquement avec la superficialité et le monde matérialiste dans lequel les adolescents gravitent, ramenant les personnages à l’essentiel. La réalisatrice filme ses sujets avec sensibilité et sans une once de jugement. Superbe directrice d’acteurs, elle va chercher d’étonnantes nuances chez les jeunes comédiens, en plus de créer une irrésistible chimie entre eux. D’ailleurs, le travail de casting est à souligner car ça fait un bien fou de voir des acteurs-de nouveaux visages pour la plupart en plus- qui ont l’âge des personnages qu’ils interprètent. Dans le rôle principal, Marguerite Bouchard irradie à chaque plan. Elle fait preuve d’un naturel désarmant. Idem pour les personnages secondaires qui trouvent tous leur 15 minutes de gloire, spécialement celui joué par l’adorable Élizabeth Tremblay-Gagnon. Du côté masculin, Alex Godbout, que l’on peut voir dans la série L’heure bleue, tire admirablement son épingle du jeu en incarnant un beau et jeune homme tout ce qui a de plus normal et perdu.

Bref, Charlotte a du fun sans complexe et, par le fait même, en procure tout autant aux spectateurs heureux de visionner une comédie romantique honnête, réaliste et résolument au goût du jour.

Crédits Photos : Les Films Séville

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