La détresse et l’enchantement: l’union émouvante entre deux grandes femmes

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Dire que le rôle de Gabrielle Roy est le plus grand dans le parcours théâtral de l’incomparable Marie-Thérèse Fortin relève non seulement l’euphémisme mais s’avère aussi légèrement réducteur lorsqu’on considère tout ce que ce projet symbolise aux yeux de l’actrice. Le montage dramaturgique qu’elle a concocté avec le metteur en scène Olivier Keimed de l’autobiographie La détresse et l’enchantement écrite par Gabrielle Roy, Marie-Thérèse en rêve depuis des décennies alors que, jeune femme, elle a été marquée à jamais par les mots de l’autrice originaire de Saint-Boniface au Manitoba. La belle aventure se poursuit alors que débutait le 22 octobre au Théâtre du Nouveau-Monde  la reprise de 10 représentations de la pièce La détresse et l’enchantement , présentée à guichets fermés lors de la saison 2017/2018.

Adapter de A à Z au théâtre un roman n’est pas une chose aisée, mais Marie-Thérèse Fortin et Olivier Keimed ont réussi à dégager l’essence du récit pour que l’enfance, l’adolescence et les premières années à l’âge adulte de Gabrielle Roy trouvent un écho touchant, pertinent et compréhensible autant chez les férus de l’autrice que chez les néophytes. Évoluant dans un splendide et spacieux décor signé Véronique Bertrand représentant la mer de la Gaspésie, la comédienne donne vie à plusieurs membres de l’entourage de Gabrielle Roy, qu’ils aient été de passage ou non. Tour à tour, elle incarne Gabrielle enfant, sa mère, ses instituteurs, sa locataire à Paris, alouette! Tous les accents de l’actrice frisent la perfection et ne manquent pas de faire rire. La concentration de fer dont elle fait preuve pour alterner avec un tel naturel personnages et narration de la Gabrielle adulte qui raconte sa vie est déconcertant et force l’admiration. En un regard, elle dévoile toute la fragilité, la vulnérabilité, les regrets, les désarrois, l’espièglerie et la joie de vivre de sa protagoniste. Un tour de force, rien de moins!

En abordant ses années d’institutrice et ses séjours à Paris et Londres dans l’espoir de faire carrière comme actrice, Gabrielle Roy déplorait indirectement le sort réservé aux francophones se faisant juger de parler leur langue dans leur propre pays. Ce manque d’appartenance et cette sensation d’être étrangère partout ne tristement plus actuels que jamais. Ce récit publié en 1984, un an après la mort de Gabrielle Roy, nous plonge dans une réalité qu’on voudrait bien lointaine, mais qui nous rattrape. Lorsque notre environnement nous empêche de vivre les fondements de notre identité, comment survit-on? Comment aller au bout de ses passions dans un avenir précaire? Avec une poésie si naturelle évoquant une richesse et une compréhension singulière et incomparable des mots. Les images se forment si instinctivement, instantanément dans l’esprit qu’on ne peut qu’en être troublé et émerveillé. La détresse et l’enchantement, quoi!

Les segments marquant de ce monologue de plus de 95 minutes s’avèrent ceux dans lesquels Marie-Thérèse Fortin, accompagné du piano somptueux de Stéphane Caron, entreprend des dialogues. Les phrases sont construites avec tellement de délicatesse qu’on se croit à la première journée d’école de Gabrielle en tant qu’enseignante de première année, à un cours dramatique à Paris pour le moins excentrique et à cette troublante révélation qu’écrire sera sa boue de sauvetage.

La détresse et l’enchantement est présentement à l’affiche au TNM. Des billets sont en vente ici.

Crédits Photos : Yves Renaud 

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