Il était une fois…à Hollywood : Tarantino pur-sang, mais avec coeur(!)

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Marie-Claude Lessard

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Un nouveau film de Tarantino, qu’importe le sujet, attire immanquablement les cinéphiles. Le mélange dorénavant culte de séquences d’une violence inimaginable et de dialogues déjantés déroute et envoûte depuis près de trois décennies. Son dernier opus, Once upon a time…in Hollywood, qui prend l’affiche dès aujourd’hui, n’échappe évidemment pas à cette curiosité, mais d’une manière plus sceptique qu’à l’accoutumée. Si la présence d’acteurs de haut calibre n’étonne guère,  la sobriété des affiches d’apparence conventionnelle et la simplicité du scénario ont de quoi faire sourciller, d’autant plus que le célèbre réalisateur ne cesse de confirmer qu’il s’agit de son avant-dernier film comme il quittera l’industrie au bout de 10 longs-métrages.

Les fans retrouveront ce qui a rendu fétiche le réalisateur mais d’une manière plus traditionnelle et (eh oui!) touchante. L’évolution presque mature (les blagues puériles n’étant évidemment jamais bien loin) de Tarantino se fait ici drôlement fascinante, même si certains passages trainant en longueur peuvent laisser sur notre appétit, ce qui ne classe hélas pas Il était une fois…à Hollywood au top du palmarès du cinéaste, mais est-ce tout de même l’un des meilleurs divertissements de 2019 jusqu’à maintenant? Ciel, oui!

Les échos de tournage de la part de la distribution le confirme : le cinéaste demeure passionné et reconnaissant de pouvoir utiliser librement un plateau de cinéma comme terrain de jeu. C’est d’ailleurs pourquoi cette oeuvre s’avère d’abord et avant tout un hommage à l’âge d’or du cinema hollywoodien. Les costumes, les caméos de grandes stars comme Al Pacino et Kurt Russell,  l’effervescence de la ville, le soleil plombant, l’omniprésence de théâtres, l’apparition de la culture hippie…La reconstitution  de l’année 1969 est parfaite et réjouissante. Les nombreuses séquences d’extraits de films western créent une intéressante mise en abyme, mais empêche la trame narrative d’avancer avec rythme. Les intrigues stagnent mais pas les personnages qui ont ici tout le loisir d’illustrer leurs failles et motifs à l’intérieur d’une complexité alléchante. Certaines scènes possèdent alors des longueurs justifiées et captivantes, d’autres respirent longtemps sans but précis. En dedans de près de 161 minutes, les destinées et désirs des protagonistes s’affichent alors en toute liberté pour laisser planer un insoutenable mystère dont la chute, bien qu’explosive et jouissive, n’atteint pas ses promesses démesurées.

Bipolaire et alcoolique, l’ancienne star de la télévision Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) surfe sur sa gloire passée en jouant les méchants de service au profit de nouveaux poulains fringants au talent discutable. De son côté, le cascadeur de Rick, Cliff Booth (Brad Pitt), peu en demande depuis que des accusations de meurtre pèsent contre lui, se contente d’être le chauffeur désigné de son ami, d’effectuer quelques travaux manuels et se remémorer des anecdotes de plateau y compris une savoureuse altercation musclée avec Bruce Lee, ici dépeint comme un désopilant être narcissique aux capacités physique limitées. Tarantino s’attarde aussi à d’autres figures de proue de cette époque dont Jay Sebring (Emile Hirsch) et particulièrement son ancienne flamme Sharon Tate (pétillante et lumineuse Margot Robbie), femme du réalisateur Roman Polanski qui emménage sur Cielo Drive, devenant ainsi les nouveaux voisins que Rick cherche désespérément à séduire afin de relancer sa carrière. Tate a sauvagement été assassinée le 9 août 1969 dans sa résidence par des membres de la ”Famille Manson”. Prenant un malin plaisir à trafiquer la triste réalité de cruels moments historiques, Tarantino dépeint ici Tate tendrement et avec peu de répliques. La scène dans laquelle elle va au cinéma pour voir une représentation de son plus récent film marque par sa manière de montrer simplement et amoureusement l’acte d’aller voir un film et le bonheur qu’on ressent quand on divertit les gens.

Depuis la consécration de La La Land, les lettres d’amour au fondement du cinéma américain affluent, mais Quentin Tarantino est bien trop rusé pour simplement se laisser emporter par la tendance. Il explore l’impact de ce milieu de milieu de manière intime, ironique et débridée, tout en esquivant les lieux communs. Ses plus belles réflexions demeurent celles sur la notion du jeu de l’acteur. La séquence au cours de laquelle Rick discute avec une jeune enfant obnubilée par son rôle (adorable Julia Butters)  est rien de moins qu’une perle et une réflexion subtile sur les sacrifices et les récompenses disproportionnés exigés par ce métier. La scène suivante, Rick se fâche, déçu de sa sous-performance,  avant de revenir en force pour une scène incroyable qui restera dans les annales. Ce moment illustre avec brio l’admiration de Tarantino face à l’inoubliable et merveilleuse entrée en transe que vivent parfois les plus grands comédiens. Encore une fois, DiCaprio a prouvé qu’il en était un en s’appropriant différentes couches de jeu avec un naturel éclatant. Une nomination aux Oscars serait légitime.

Sans en être le cœur, la montée sanguinaire de la ”Famille Manson” occupe une place considérable dans l’oeuvre.  Certains cinéphiles moins familiers avec Charles Manson risque de se sentir perdus lors de la présentation de cette famille morbide puisque le contexte historique est brossé à la hâte. Néanmoins,  cela n’entrave aucunement le plaisir de voir ces individus désorientés et pathétiques goûter à leur propre médecine dans une orgie de violence hilarante et impressionnante. Elle dure moins longtemps que dans les opus précédents de Tarantino, mais elle n’est pas moins satisfaisante.

Il était une fois…à Hollywood est également un récit sur l’amitié, la vraie qui peut surmonter toutes les épreuves et les absences. Héritant d’un audacieux et magnétique contre emploi qu’il incarne avec une nonchalance prodigieuse,  Brad Pitt partage une chimie amusante et sincère avec Leonardo DiCaprio. Toutes leurs beuveries et conversations sérieuses font sourire et nous avons l’impression de faire partie de leur duo. Tellement que la frustration de la finale ouverte se transforme rapidement en une anticipation de voir ces deux personnages réunis.

Crédits Photos : Sony Pictures

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