La nuit du 4 au 5 : Je suis une fille moi aussi

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La notion de consentement refait brutalement surface dans l’actualité, surtout depuis le raz-de-marée causé par le mouvement #MeToo en 2017. Est-ce que le sujet est maintenant devenu un phénomène exagéré auquel on accorde trop d’importance si on prend en considération que la plupart des gens ont enfin capté le message et la gravité d’un viol? La pièce La nuit du 4 au 5 de Rachel Graton, en reprise au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 21 décembre après un passage acclamé au même théâtre l’année dernière, confirme tristement et abruptement que non.

Auteure en résidence au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, la talentueuse comédienne dévoile une plume tout aussi affirmée et rafraichissante qui préconise les émotion vraies émanant des phrases du quotidien construites simplement. Le sujet de l’œuvre, qui suit l’avant, le pendant et l’après d’une agression d’une jeune femme à quelques pas de chez elle, est certes lourd et extrêmement délicat, mais le traitement artistique apporté évite la complaisance, la victimisation et la facilité. Séparé en chapitre, le texte aborde les terribles rumeurs erronées sur les raisons qui pourraient excuser un tel geste, la confusion de la victime, les séjours douloureux à l’hôpital et au poste de police ainsi que la colère de l’entourage. Le tout est livré avec une telle vérité qu’on réalise tristement une fois de plus que la problématique est loin d’être comprise collectivement. 

Ces mots sont portés par cinq comédiens qui, à l’intérieur d’une narration en chœur, incarnent les voisins, les amis, la victime et les témoins de l’horrible crime. Tous vêtus en tenue de ville aux couleurs ternes, les acteurs optent pour un jeu aux premiers abords froid et trop distancé. Ce ton mécanique dévoile ses émotions lorsque la distribution campe de véritables personnages , ce qui permet aux spectateurs de mieux comprendre ce choix et d’y adhérer. Aucun des comédiens ne se démarque dans le sens où aucune inégalité n’est palpable, une rareté réjouissante. Tous font preuve de la même intensité et du même investissement. Par exemple, la colère, la honte et l’incompréhension livrées par Geneviève Boivin-Roussy apporte un contraste intéressant par rapport à l’ignorante désinvolture avec laquelle Alexis Lefebvre  crache des préjugés immoraux qui ont malheureusement la vie dure dans notre société soi-disant moderne. 

Sobre et minimaliste, la mise en scène de Claude Poissant est principalement axée sur des chorégraphies subtiles se fondant magnifiquement aux mouvements des interprètes. Ici, pas de décors grandiloquents, voir pas de décor du tout. De toute manière, les images puissantes du texte permettent amplement de s’imaginer les endroits et concepts illustrés. Le metteur en scène d’expérience s’efface presque, privilégiant un traitement naturel et réaliste mettant de l’avant toutes ces nombreuses, trop nombreuses voix, qui ont vécu des milliards de variantes du même drame épouvantable. C’est parfois dense et lourd lors du premier acte, mais le tout se déploie dans une classe et un respect si sincères et beaux qu’on ne peut qu’être happé. 

La nuit du 4 au 5 renvoie encore et toujours au même choquant constat qui démontre que le vent de changement  à saveur révolutionnaire ne souffle pas encore assez fort pour balayer tous les stéréotypes et les fausses conceptions. Combien de temps  à attendre encore avant une réelle prise de position qui apportera une différence concrète?

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Crédits Photos : Philippe Latour

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