Les Choeurs de l’Armée rouge : la force du nombre

Après des visites en France, Turquie, Roumanie et en Chine, l’ensemble Alexandrov, mieux connu sous le nom des Chœurs de l’Armée Rouge, termine leur florissante tournée des grandes capitales du monde au Canada. Jusqu’au 30 décembre, la Maison Symphonique de Montréal est la seule et heureuse élue de ce séjour en terres canadiennes. Le public québécois a répondu à l’appel puisque la plupart des représentations affichent complet. Cet élan d’enthousiasme à l’égard de cette troupe célébrant cette année son 90ième anniversaire n’est guère étonnant. Lors de la représentation d’hier soir, les 75 choristes et musiciens ont séduit par leur puissance, leur vulnérabilité et leur résilience.

Pas besoin d’être un  fervent amateur des chants russes traditionnels pour apprécier et reconnaître l’immense talent artistique du  Chœur , d’abord créé en 1928 afin de relater l’histoire de l’Armée rouge avant de chanter pour les  valeureux soldats qui combattaient durant la Seconde Guerre mondiale. Cet engagement social et profondément humain caractérise encore aujourd’hui l’ensemble Alexandrov qui, avec sa glorieuse prestance, parvient autant à faire sourire qu’émouvoir. Le plaisir et l’importance de se rassembler grâce à la musique prend tout son sens en présence de ces artistes qui ont vécu une tragédie effroyable le 25 décembre 2016 alors que 65 membres dont le chef artistique Valéry Khalilov ont trouvé la mort dans un accident d’avion en Russie. Ils survivent en regardant de l’avant et en réjouissant le public partout à travers le globe. Que c’est inspirant!

D’un point de vue créatif, le concert possédait une belle fluidité qui assurait l’intérêt des spectateurs même lors des chansons étrangères et méconnues pour la plupart. À travers un répertoire russe, français et anglais à la fois populaire et emblématique,  des segments a cappella à faire frissonner ainsi des solos de guitare sympathiques et hilarants ont fusionné pour donner lieu à des moments d’exception. La synchronicité, la précision chirurgicale  des voix et leur contrôle désarmant ont ébahi tout en agissant en parfaite harmonie avec les mélodies sans fausses notes prodiguées par les musiciens.

Parmi les numéros particulièrement marquants du premier acte, notons l’originale entrée en matière constituée des hymnes nationaux du Canada et celui de la Fédération de Russie. La vibrante et douce Plaine ma Plaine a émerveillé alors que le dynamique et impressionnant Valery Gavva, membre depuis 30 printemps, a enchanté  avec ses sublimes mimiques théâtrales sur  Le long de la Peterskaïa. Oh ma veste Steppe , interprétée uniquement par les choristes, tirait les larmes par sa beauté et sa complexité.

La portion Noël a résonné magiquement en seconde partie. Jingle Bells et Stille Nacht ont magnifiquement mise la table à l’interprète invitée, Isabelle Boulay, qui a confirmé sa place au sein de la puissante chorale en amorçant son tour de chant avec une intensité à couper le souffle, spécialement lors de notes lyriques. Accompagnée de Alexandre Kruze et Maxim Maklakov, elle a offert Les trois cloches popularisée par Édith Piaf de laquelle leur douce complicité irradiait. Sur White Christmas, les rêves vains d’un Noël blanc ne pouvaient malheureusement paraître plus concrets, mais sa tendre performance nous réchauffait le cœur et faisait oublier la triste réalité extérieure. Au son de L’enfant au tambour, la féerie des Fêtes s’est terminée dans la grâce et l’allégresse. Ces deux chansons se retrouvent  d’ailleurs sur l’excellent album de Noël d’Isabelle Boulay, En attendant Noël, qui trône au sommet des palmarès depuis près d’un mois.

L’une des forces de la troupe est ne pas oublier d’accorder des clins d’oeil uniques aux villes qu’elle visite. C’est pourquoi les membres ont fait un effort admirable pour chanter en français des pièces mythiques dont Mon pays. Mikhail Yevtukhov s’exprimait d’un francais limpide et a brillamment saisi les émotions brute de Gilles Vigneault. L’instant phare du spectacle s’est déroulé sur le poignant Hymne à la beauté du monde. L’orchestration imaginée par l’ensemble conférait au titre culte un aspect davantage solonnel qui convenait au sentiment d’urgence de l’oeuvre. Parallèlement, Isabelle Boulay,qui a reçu pour l’occasion une chaleureuse ovation méritée, illustrait avec inspiration la touche d’espoir de ce texte bouleversant et actuel. Pour repartir le bal de plus belle, l’incontournable ode aux célébrations bien arrosées, Kalinka , a propulsé la Maison Symphonique dans une ambiance festive ponctuée par des claquements de mains bien nourris. Il ne manquait qu’un petit verre de vodka!   

Le spectacle est présenté  à la Maison Symphonique jusqu’au lundi 30 décembre. Il reste encore quelques billets ici.

Crédits Photos : Stéphanie Payez, Éklectik Média 

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