Le meilleur des mondes: une dystopie ravageuse

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Marilie Choquette-Lapointe

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Dans le milieu des années 1900, plusieurs auteurs se sont tournés vers un style d’écriture basé sur la science-fiction, illustrant des mondes dystopiques ravagés par les êtres humains. En 1932, Aldous Huxley a écrit le roman Le meilleur des mondes,décrivant  ainsi une réalité où le bonheur est illustré comme étant un droit universel. Mais le bonheur vaut-il la peine d’être vécu s’il exclut l’art, la pensée critique ainsi que le pilier fort d’une société ; la famille?

L’histoire se déroule dans un monde du futur qui, étrangement, ressemble au monde actuel dans lequel nous vivons. Dans cet univers contrôlé par la technologie, l’Homme n’est voué qu’au travail. Il se doit d’être le meilleur dans son domaine. Conçus dans des éprouvettes, en laboratoire, les humains sont classés en différentes catégories. On y retrouve, tout en haut de la pyramide, les Alphas. Haut dirigeants de la société, ils sont l’élite de la société. Les Alphas sont suivis par les Bétas, les Gammas et les Deltas. Tout en bas, on retrouve les Epsilons. Ces derniers, qui composent en majorité la société, sont perçus comme la classe inférieure. Bien qu’il y ait de grands écarts dans la société, chaque humain est conçu pour ne pas voir ces iniquités et ainsi vivre paisiblement avec celles-ci. Bernard, un Alpha, se trouve différent des autres. Il pense que, malgré la technologie, il n’est pas parfait. C’est alors que débarquent Linda et John, des êtres venus de l’autre côté des murs.

Cette pièce dystopique met en vedette de grands noms du milieu artistique comme  Macha Limonchik.Cette dernière interprète plusieurs rôles secondaires dans l’oeuvre d’Huxley, mais on reconnaît son énorme talent lorsqu’elle incarne la tête dirigeante de l’Administration. Douce, mais avec un brin d’arrogance, elle dévoile une femme consciente de l’absurdité du monde dans lequel les personnages vivent, mais impuissante face au sort de ceux-ci. Simon Lacroix, interprète de Bernard, joue avec une grande volonté ce protagoniste comique et attachant. Bernard se questionne sur son monde et semble vouloir dévier, quelques fois, des conventions. Or, son désir de conformité le ramène toujours dans son mode de vie monotone et répétitif.

Lenina et Helmholtz (respectivement joués par Ariane Castellanos et Mohsen El Gharbi) sont les fidèles acolytes de Bernard. Ariane Castellanos interprète une Lenina aguichante, mais vive d’esprit. Se conformant à la masse, Lenina ne se pose aucune question inutile et vit dans le moule imposé. Quant à Helmholtz, Mohsen El Gharbi nous offre un homme désireux de respecter les normes, mais ayant un soudain désir d’en savoir plus sur le vrai monde.

C’est l’arrivée de John (Benoît Drouin-Germain) et de sa mère Linda (Kathleen Fortin) qui vient changer le cours de l’histoire. Ceux-ci viennent d’un tout autre monde, le monde comme on l’a toujours connu. Issu d’une réelle fécondation, John est le seul homme vivipare qui a traversé les murs. Personnage anti-conformiste, John a un ardent désir d’ouvrir les yeux de ses confrères et de leur faire réaliser les vraies choses de la vie. Benoît Drouin-Germain incarne à la perfection ce jeune homme désespéré. Il est enivrant dans ses discours inspirants qui  veulent changer le Monde un humain à la fois. Quant à Kathleen Fortin, celle-ci joue le rôle d’une ancienne Gamma ayant fui sa vie lorsqu’elle a réalisé qu’elle portait la vie. Elle  est tiraillée entre le désir de plaire, mais également le désir de vivre. Kathleen Fortin est touchante dans son rôle de mère aimante. On se retrouve dans son personnage qui est ambiguë dans sa volonté.

La pièce d’Huxley est un miroir reflétant notre société actuelle. Une critique soigneusement transformée en pièce de théâtre nous mettant face à une réalité que l’on ne peut échapper. Il reste à se poser comme question si nous ne sommes que des victimes face à cette triste réalité ou des ouvriers creusant notre propre gouffre pour s’ensevelir sous un monde aussi consommateur et vide de réelles relations humaines.

Crédits Photos : Gunther Gamper

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