Nelligan au TNM, trente ans plus tard…

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Diane Beaudin

Il y a trente ans déjà était présenté pour la première fois l’opéra romantique Nelligan, un texte de Michel Tremblay sur une musique d’André Gagnon. Trente ans plus tard, pour célébrer cet anniversaire, le TNM le fait revivre avec une mise en scène de Normand Chouinard sur une musique revisitée et convertie pour une version plus intimiste de deux pianos et un violoncelle par Anthony Rosankovic. Donc, jeudi dernier, le 16 janvier, avait lieu la première médiatique à laquelle nous avions été convié.

Cette nouvelle version met en vedette Nadine Brière (une religieuse), Dominique Côté (Nelligan jeune), Nathalie Doummar (Gertrude Nelligan), Kathleen Fortin (Émilie Hudon, mère de Nelligan), Marc Hervieux (Nelligan vieux), Noëlla Huet (la mère supérieure), Laetitia Isambert (Eva Nelligan), Jérémie L’espérance (le visiteur), Jean Maheux (le père Eugène Serra), Frayne McCarthy (David Nelligan, le père de Nelligan), Cécile Muhire (une religieuse), Jean-Francois Poulin (Charles Gill, ami de Nelligan), Isabeau Proulx Lemire (Arthur de Bussières, ami de Nelligan), Linda Sorgini  (Françoise) et  Léa Weilbrenner Lebeau (une religieuse). Quant à l’équipe musicale, celle-ci est composée de Carla Antoine (violoncelliste), Rosalie Asselin (pianiste en alternance), Esther Gonthier (pianiste et directrice musicale) et Marie-Ève Scarfone (pianiste en alternance).

Au crépuscule de sa vie, alors qu’il est hospitalisé depuis plus de quarante ans car il souffre de schizophrénie, Émile Nelligan se rencontre avec lui-même lorsqu’il est plus jeune, avant son hospitalisation, et revit certains événements qu’il a vécus et qui l’ont marqué pour une raison ou pour une autre. Tout d’abord, une journée en famille, sur la plage, où il avoue vouloir être un poète et les différentes réactions que cela suscite.

Ensuite, c’est une rencontre avec ses deux amis poètes, l’un dont la famille fait partie d’un milieu plutôt bourgeois et l’autre qui doit travailler pour subvenir à ses besoins. Ils discutent sur les différentes classes de la société, mais surtout, ils échangent et rêvent éveillés à Verlaine, Rimbaud, Lautréamont et Poe. Nelligan revoit aussi une visite  que ses parents lui font à l’hôpital, une scène sacrilège à l’église, la fois où son père lui déclare qu’il ne veut plus le voir et lui ordonne de quitter la maison, son arrivée chez son ami Gill qui l’accueille, son départ pour l’hôpital, et finalement, sa mort.

Entre chacun de ces souvenirs survient une conversation entre le vieux qu’il est devenu et le jeune qu’il était, conversations jugeant la situation qu’il a eu a vivre, sa poésie, son mal de vivre. Il a été hospitalisé quand  il n’avait pas tout à fait vingt ans. Évidemment, c’est durant cette période pré-hospitalisation que son oeuvre  a été écrite. On a qu’à penser notamment au Vaisseau d’Or, La romance du vin et Soir d’hiver.

L’incompréhension de son père, l’amour inconditionnel de sa mère ont une place évidente dans cet opéra. Comme d’habitude, Michel Tremblay a su trouver les mots pour nous raconter cette vie et ce manque de vie que fut l’existence de Nelligan. Quant à André Gagnon, ses arias sont d’une douceur et d’une telle harmonie! Pour ce qui est de la musique d’accompagnement, elle porte toujours la signature de monsieur Gagnon par son style, sa douceur et  sa sonorité.

Les comédiens/chanteurs, admirablement bien dirigés par Normand Chouinard , méritent tous un coup de chapeau. Il va de soi, toutefois, que les deux Nelligan ont su nous tenir en haleine jusqu’à la fin avec leur interprétation hors pair. Mon autre coup de cœur va à Kathleen Fortin qui, grâce à Michel Tremblay, nous a bien fait comprendre qu’elle était la mère à Nelligan.

Un très bel hommage à cet homme qui a su mettre sur papier ce qu’il avait dans le cœur et dans la tête. Il faut mentionner la grande satisfaction du public pendant et à la fin de la représentation, satisfaction  s’est qui démontré par de nombreux applaudissements et une ovation debout à la fin. Nelligan tient l’affiche du TNM jusqu’au 8 février et des billets sont encore disponibles ici.

Crédits Photos : Yves Renaud

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