Ôtez-moi d’un doute : les liens du (non) sang

Sorti en France l’an dernier, Ôtez-moi d’un doute est débarqué au Québec le 15 juin dernier dans une désolante indifférence. Cette comédie dramatique de Carine Tardieu ne peut faire le poids à côté des géants américains tels que  Ocean’s 8, Incredibles 2 et Jurrassic World: Fallen Kingdom qui envahissent les salles obscures pendant cette lucrative période estivale. Néanmoins, malgré plusieurs longueurs, le film s’avère être un touchant récit sur les véritables liens familiaux qui mérite d’être vue.

François Damiens, qui a offert une performance de soutien  bouleversante dans La famille Bélier, incarne ici Erwan Gourmelon, un démineur blasé par la cruauté de la société. Alors qu’il cherche à trouver l’homme qui a mis son adolescente (Alice de Lencquesaing)  enceinte, ce malheureux célibataire voit sa banale existence changer du tout au tout quand il apprend que son père (Guy Marchand) n’est pas son véritable géniteur. Après un heureux hasard, Erwan croise la route de Joseph Levkine (André Wilms). Tous deux sachant dorénavant qu’un lien de sang les unit, ils développent une relation. Erwan pense même avoir enfin déniché l’amour en la personne de la pétillante docteure Anna (Cécile de France). Seulement, tout se complique quand Gourmelon réalise que l’objet de son désir n’est nul autre que la fille de Joseph!

Un tel synopsis sous-entend une comédie burlesque quelque peu démodée où s’enchainent les situations abracadabrantes, invraisemblables, gênantes et, il faut l’avouer, peu attrayantes à regarder maintenant que ce genre de revirement, bien que divertissant, dénote une paresseuse prévisibilité. Voilà toutefois que le scénario de Michel Leclerc,en collaboration avec Baya Kasmi,dirige le public vers une tout autre direction, une moins empruntée et diamétralement plus intéressante. En fait, les sentiments de  malaise, de peur, de dégoût et d’excitation qui se mêlent contradictoirement  dans cette intrigue se traduisent d’une manière psychologique.

François Damiens dévoile subtilement les ressentis de son personnage qui devient rapidement attachant et attendrissant. Il est agréable de suivre la destinée d’un homme simple qui tente, sans fioriture, d’accéder au bonheur. Le personnage d’Anna est également élaboré en ce sens. C’est d’ailleurs la force première du script : la composition riche et vraie des protagonistes. Grâce aux performances crédibles des acteurs et leur fluide chimie, les rôles atteignent une humanité qui fait du bien de voir sans artifice aucun à l’écran. Incarnant le niais au cœur tendre Didier, Estéban parvient, avec sa voix grave et ses yeux exorbitants, à insuffler au film une touche d’humour plaisante qui flirte dangereusement avec le cabotinage sans ne jamais franchir la ligne.

On ne choisit pas sa famille, mais on choisit qui occupe une place significative dans nos vies. Cet adage teinte le long-métrage  en évitant de faire la morale. L’œuvre, constamment dans l’émotion pure,  ne verse donc jamais dans des scènes sentimentales mélodramatiques. Au-delà de la thématique familiale, Ôtez-moi d’un doute  fait découvrir avec profondeur et sensibilité le complexe métier de démineur et toutes les répercussions psychologiques qu’il implique. Comme le film ne regorge pas de répliques assassines, plusieurs temps morts rôdent dans les parages mais la justesse implacable de la distribution prend le dessus.

Crédits photos : AZ Films

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