Le sociofinancement sensible et lucide de Stéphanie Bédard

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Marie-Claude Lessard

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Après des apparitions remarquées dans diverses télé-réalités comme Star Académie et un album solo, la chanteuse Stéphanie Bédard prépare activement le terrain pour son tout premier EP qui verra le jour en février 2019, notamment grâce à l’aide d’une campagne de sociofinancement participative instaurée sur le site Internet La Ruche.

Les artistes qui sollicitent le soutien financier du public pour la réalisation de leurs projets créatifs sont de plus en plus nombreux et essuient un bon lot de critiques foudroyantes. Nous avons qu’à se rappeler de la tempête médiatique qu’Annie Villeneuve avait causée en lançant une campagne pour son cinquième album, ce qui ne l’a toutefois pas empêché de dépasser son objectif de 60 000$ en peu de temps. Stéphanie Bédard ne cache pas son incompréhension vis-à-vis ces réactions négatives.  « Si ce projet-là ne t’intéresse pas, ne vas juste pas donner ou ne vas juste pas participer, ce n’est pas grave. Il y a des gens qui me suivent qui sont très contents de pouvoir acheter mon album en prévente ou encore de contribuer à une expérience que je n’offrirai pas en temps normal. Ça me permet un contact que je trouve privilégié avec les gens qui veulent m’encourager, et moi, en échange, ça me donne une partie des sous que j’ai besoin pour financer une partie du produit dont les gens vont finalement profiter. »

Ceci dit, elle admet, avec une rafraîchissante transparence, qu’il existe un cruel manque d’informations sur la réalité du paysage musical actuel, une réalité certes triste mais qu’elle accepte par passion de son métier. «Je ne demande pas aux gens de participer si moi je ne mets pas une maudite cenne! J’ai fait une demande de subvention, mais ça se peut très bien que je ne l’aille pas. La plupart des artistes, maintenant, produisent parce que ça donne des retombées financières un peu plus importantes, mais ils prennent quand même un risque financier à la base. En ce moment, la vente de disques ne rapporte pas. Si, nous, on met de l’argent, on ne reçoit pas nécessairement la même somme qu’on a mis. On porte plusieurs chapeaux. On n’est pas juste l’artiste, on est le producteur, le coordinateur, le gérant. En bout de ligne, on fait beaucoup plus de travail pis on est pas payés plus. Faire un album, le produire, la promotion, le lancement, la préproduction du spectacle, c’est des grosses sommes. » De manière générale, Stéphanie s’adapte très bien à cette surcharge de travail. «J’aime vraiment ça, mais c’est sûr, que moi aussi, j’aimerais ça, à 5 heures, terminer ma journée puis me dire que je n’ai pas à repenser à ça avant demain. Comme la plupart des gens qui (s’auto)produisent et qui poussent, j’ai d’autres choses à côté. Je ne peux pas faire que ça. C’est beaucoup beaucoup de travail, mais je suis maître de mon bateau. Je pense qu’il n’y a pas mieux placé que moi pour vendre ce que je vois dans ma tête.»

Évidemment, les gens qui décident d’appuyer le projet de Stéphanie ne repartent pas les mains vides. La chanteuse offre d’intéressantes contreparties dont une heure de coaching vocal et l’enregistrement de vidéos d’une chanson d’amour choisie par le donateur pour la Saint-Valentin.«C’est une des contreparties qui se vend le mieux. Ce que je trouve le fun, c’est d’adresser un mot personnalisé parce que, pour la personne qui va la recevoir, ce sera une surprise.» Il y a également d’alléchantes propositions aucunement en lien avec la musique comme recevoir des savons et des barres de shampoing sec confectionnés par l’artiste elle-même. « Moi, je suis grano! Dans cette ère du Pacte et compagnie, j‘essaie d’être le plus écologique possible. Je me suis dit que je pourrais commencer à faire mon savon et mon shampoing en barre pour éviter d’utiliser des bouteilles en plastique, mais je ne me lance pas dans un nouveau commerce, c’est juste les recettes de Mme Bédard!» Au moment d’écrire ces lignes, il reste 34 jours à la campagne et l’objectif de 15 000$ est atteint à 77%. «C’est au-delà de mes espérances! J’avais mis une date limite de deux mois justement par crainte de pas pouvoir ramasser le montant.»

Le premier extrait de ce mini-album, Ensemble, représente bien la ligne directrice solidaire et collective que la chanteuse souhaite transmettre. «Depuis le #MoiAussi, on a besoin de se rallier. C’est très important car je trouve qu’on vit des réalités similaires, mais chacun de notre côté. On a besoin de se faire répéter ce message-là de solidarité et se dire qu’on peut faire mieux ensemble. Dans le EP, j’y vais insidieusement dans le mélange de force et de sensibilité. Pour Ensemble, il n’y a pas drum, c’est des percussions corporelles. Dans le vidéoclip, il y a des claquements de langues, des claquement de doigts, des respirations pour faire le rythme. Il y a un côté organique derrière l’électro et la guitare, et je trouve que ça donne une signature sonore différente.»

Dans ce désir de dévoiler son évolution artistique tant au niveau personnel que vocal, elle perçoit autrement toutes les expériences enrichissantes qu’elle a vécues à travers la production de spectacles à grand déploiement comme Robin des Bois en France et Notre-Dame-de-Paris en Asie. « Quand tu vis des expériences, tu ramasses quelque chose de plus dans ton bagage. J’ai  beaucoup chanté les chansons des autres, donc je me fondais dans le style de l’autre, mais, maintenant, je me retrouve moi et je les fais à ma manière. Je ne maquille pas ma voix, je ne surchante pas.»

Le lancement du EP , qui aura lieu le 26 février au Cabaret du Lion d’Or, se veut totalement intime et en lien avec les valeurs qu’elle défend aujourd’hui. «On a un accès direct avec les gens. Il y a un vrai échange qui se fait car ils nous parlent. Avec Robin des Bois, j’ai fait des salles de 15 000 à 20 000 personnes, c’est plus impersonnel et c’est un autre genre de spectacle, mais quand je présente mes propres chansons, je préfère qu’on soit dans le partage.»

Pour contribuer à la campagne de sociofinancement participative de Stéphanie Bédard, c’est par ici!

Crédits Photos : Stéphanie Payez/Éklectik Média 

Une pensée sur “Le sociofinancement sensible et lucide de Stéphanie Bédard

  • 29 novembre 2018 à 16 h 29 min
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    Super article et je confirme que Stéphanie est accessible, fonceuse et emballante! 😉
    ps: j’ajouterais que vu son jeune âge, c’est sûr, elle a encore plein d’énergie et de fougue!
    ;)->x

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