Trahison : heureux infidèles?

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Marie-Claude Lessard

Les tromperies amoureuses et amicales imaginées par le dramaturge britannique Harold Pinter dans sa pièce Trahison se déploient élégamment au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 9 juin 2018. Bien que l’œuvre conclut sobrement une saison 2017/2018 couronnée de succès, son manque d’intensité émotionnelle au niveau du jeu entache le tableau.

Emma (Julie Le Breton) est mariée avec  Robert (Steve Laplante), mais l’a trompé pendant sept ans avec Jerry (François Létourneau), le meilleur ami de celui-ci. Pinter explore avec sensibilité et absurdité les répercussions des mensonges et cachotteries causés par cet adultère. À travers neuf scènes du quotidien, le trio dévoile subtilement leur douleur, peine, honte et regrets face à ces manipulations les empêchant d’accéder à leur véritable idéal conjugal.

Chronologiquement déconstruite, la trame narrative force le spectateur à déceler des indices qui indiquent quand et comment la vérité éclate et quels sentiments elle provoquent chez les protagonistes. Les multiples retours en arrière s’effectuent avec fluidité, maintenant l’intérêt.

L’intrigue s’avère simple, mais elle regorge de réflexions pertinentes sur les trahisons qu’on commet à ceux qu’on aime, et surtout les désirs qu’on s’empêche de vivre par culpabilité et peur de l’inconnu. L’humour à la fois pince sans rire et noir de l’auteur réconforte et déroute. La comédie et le dramatique se côtoient à merveille car ils s’éloignent des clichés d’usage.

Les répliques s’avèrent crédibles. Elles donnent même l’impression d’avoir été puisées dans une réelle conversation entre un couple confiné dans la routine ou entre amis de longue date. Ces échanges banals n’ont toutefois rien d’anodin ; ils traduisent une forme d’hypocrisie. Malheureusement, toutes les choses inavouées qui planent au-dessus du triangle sont transmis avec une froideur de laquelle il n’émane aucun sentiment d’urgence.

Puisque les situations dépeignent la vie de tous les jours, les dialogues font la part belle aux silences, autant les anodins que les lourds. Dommage que, encore une fois, les questionnements sur le pardon, la culpabilité et la peur de blesser ne se reflètent pas dans ces dits moments dépourvus de parole. Presque aucune intensité ne s’en dégage. Les comédiens sont hélas à blâmer. La chimie entre eux est tout simplement inexistante. Ils jouent inégalement sur le pilote automatique. Steve Laplante semble s’ennuyer royalement. François Létourneau verse dans le caricatural et manque de profondeur. Julie LeBreton n’insuffle pas une personnalité attachante à Emma qui fait que nous comprenons pourquoi elle brise une solide amitié.

Les silences ne nous oppressent pas, ne nous prennent pas à la gorge. Les tensions et le désespoir qui habitent les personnages ne se rendent pas aux spectateurs, qui auraient bien aimé voir cette histoire être livrée avec davantage d’éclats. Pourtant grand admirateur du travail d’Harold Pinter, Frédéric Blanchette échoue également à transmettre des émotions et un climat à couteaux tirés.

En revanche, la scénographie sobre et mouvante de Pierre-Étienne Locas apporte un souffle d’originalité. Les spectateurs perçoivent l’intention d’oppression derrière les changements de décors qui se déroulent pendant la livraison des scènes dont le mur en miroir installé lors de l’acte final. Dommage que les comédiens et le metteur en scène n’aient pas embarqué avec flamboyance et passion dans cette proposition scénique prometteuse.

Crédits Photos : David Ospina

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