Nadia, butterfly : fascinant plongeon dans le cœur d’une nageuse en crise ★★★1/2

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Juste l’annonce du tournage du film Nadia, Butterfly , à l’affiche au Québec dès aujourd’hui, et le dévoilement de son synopsis avaient de quoi faire saliver. Une nageuse olympique en papillon de haut niveau prend sa retraite après une dernière compétition aux Jeux de Tokyo et est confrontée presque pour la première fois aux partys débridés et à la quête de sa véritable identité. Le Québec produit bien des œuvres cinématographiques sur les sports collectifs, mais rares sont ceux qui exploitent la solitude qui émane des sacrifices d’un athlète.

Qui plus est, l’homme derrière la caméra n’est nul autre que Pascal Plante, ancien nageur de compétition, qui avait fait belle figure avec son premier effort, Les faux tatouages. Ajoutez à cela une sélection officielle au Festival de Cannes, et la curiosité est insoutenable!

Les attentes étaient donc grandes, mais elles sont comblées dès la prenante première scène déployant un entrainement dans la piscine. Plante montre déjà qu’il préconisera encore une fois un ton hyperréaliste troublant de vérité en assiégeant simultanément le cinéphile à deux réalités contradictoires : la fulgurante vitesse d’une course d’une trentaine de secondes et les éreintants efforts physiques pour y parvenir qui semblent durer une éternité.

Ce contraste est encore plus frappant lors de la dernière course en équipe de Nadia Beaudry (interprétée par Katerine Savard). Comme on y a accès à travers les yeux d’une nageuse, on expérimente comment une seule et même course peut être à la fois aussi rapide et péniblement longue pour celle qui attend de plonger dans l’eau. Le résultat est cinématographiquement puissant.

Puisque le film a été tourné dans les installations des Jeux Olympiques de Tokyo bien avant la pandémie, on ressent davantage la frénésie de l’événement d’une incroyable justesse. Comme la pandémie nous a privé des Jeux cette année, on embarque dans cette course comme si elle était vraie et on l’accueille comme un baume. Notre cœur palpite, on souhaite la victoire à notre pays. On a envie d’encourager en criant note enthousiasme! Définitivement une scène marquante du film. Les autres étapes d’une compétition de cette envergure sont également bien dépeintes, par exemple les coulisses d’une entrevue télévisée et les facteurs qui font qu’elle n’est pas toujours pertinente niveau contenu.

Cet accès privilégié dans le cœur et la tête d’une athlète épuisée nous donne l’impression d’être le personnage principal. On découvre avec stupeur la rigidité du régime alimentaire, les blessures, la pression psychologique de rester concentrée sur une future course alors qu’on est amèrement déçu d’avoir raté la précédente, et on comprend pourquoi certains sportifs désirent tout arrêter à un jeune âge. L’apport de l’expérience du réalisateur et la contribution d’athlètes devenant des acteurs font de cette partie de l’oeuvre une totale réussite avec plusieurs scènes inoubliables.

Les questionnements identitaires de Nadia sont également bien illustrés, même si certaines séquences silencieuses apportent quelques longueurs. Puisque le mantra de l’oeuvre est de toujours sonner authentique, le flot de réflexions contradictoires qui assaille Nadia nous apparaît structuré et crédible. Le scénario de Plante ne s’éparpille pas dans le registre varié des thématiques présentées. Elles s’enchaînent toutes à merveille, que ce soit l’égoïsme lié à la culture du sport, l’importance des études et la notion large de sacrifices.

Nadia veut vivre une vie plus normale, mais n’a aucune idée de comment s’y perdre. Les simples faits de se maquiller, de se préparer à une sortie dans une boite de nuit ou de manger des sucreries apparaissent comme une montagne insurmontable pour elle. Même si elle en a le droit maintenant, son ancien mode de vie strict, le seul qu’elle connait, la conditionne à résister. Tout comme elle doit résister aux constantes pressions de ses coachs et de ses collègues qui croient qu’elle a encore le potentiel pour continuer un autre quatre ans. On vit tout cela avec un déchirant pincement au cœur…qui est généralement suivi par éclat de rires tant les répliques de Nadia sont cinglantes et bien fignolées.

Les virées dans les bars japonais et les orgies dans le village des athlètes sont également filmées avec franchise. Elles ne sont pas édulcorées, et c’est tant mieux, car elles nous permettent de bien saisir à quel point les athlètes ont besoin d’évacuer et de sortir d’eux-mêmes. L’excentricité de Tokyo affiche un angle délicieusement original car on la découvre à travers la solitude et l’émerveillement doux amer de Nadia qui déambule dans les rues à la recherche d’une validation de sa décision et un moyen de tourner la page définitivement.

Au-delà du fait qu’elle connait très bien le sujet, Katerine Savard prouve ici qu’elle a un indéniable talent en jeu. Elle démontre un naturel désarmant. Elle livre les répliques avec crédibilité. Toutes les nuances passent en un seul regard. Elle est très bien soutenue par deux de ses collègues athlètes, Ariane Mainville et Hilary Caldwell.

En ce sens, Nadia, Butterfly n’est pas un film sur la retraite sportive mais bien sur la décision de prendre sa retraite alors que notre carrière est en plein essor. Les revers de la médaille ne sont pas explicitement montrés, et ça nous laisse légèrement sur notre faim, mais pas assez pour bouder notre plaisir de découvrir un des meilleurs films québécois des dernières années.

 

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