Stardust : trop peu trop tard ★★1/2

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Marie-Claude Lessard

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L’idée est géniale. Explorer le processus créatif de David Bowie qui a donné naissance à son alter ego, le légendaire Ziggy Stardust. Quatre ans après la mort de Bowie, l’intention de faire un film biographique atypique et éclaté à l’image de l’artiste est plus que louable ; elle est remplie de promesses. Or, Stardust, disponible en français et en anglais sur les services de vidéo sur demande, échoue à bien des égards.

Pourtant, l’œuvre débute sur une remarquable charge poétique. Bowie (Johnny Flynn) rêve qu’il est dans un édifice , emprisonné à l’intérieur d’une combinaison spatiale et que personne ne peut lui répondre. Troublant écho au succès monstre de Space Oddity qu’il peine à recréer depuis. Hélas, il s’agit du seul moment éclaté du film. Ensuite, on tombe dans le vif du sujet : Bowie part aux États-Unis en 1971 pour la toute première fois afin de faire voyager son art. Sa réticence à s’adapter et son insolence britannique lui construisent une bien mauvaise réputation, même aux yeux de Ron Oberman (Marc Maron), son imprésario local qui croit au projet bien plus que lui.

Lors du premier acte, le contraste entre le personnage flamboyant qu’on connaît et cet artiste perdu sur le plan créatif à cause de ses démons familiaux est saisissant et franchement intéressant. L’ignorance publique envers son look androgyne et le manque de réceptivité des gens pendant des performances ayant lieu lors de conventions fendent le cœur. On comprend alors mieux que Bowie s’autosabotait allègrement.

On a alors extrêmement hâte de voir comme Ziggy va éclore. On attend. On attend les moments psychédéliques. On attend les scènes hystériques. On attend les excès engendrés par la gloire. Et puis rien. En fait, non. Juste une séquence en fin de parcours où il monte sur scène en Ziggy Stardust pour la première fois et qu’il force ses musiciens horrifiés à enfiler des combinaisons pailletées extrêmement ajustées. Sans explication. Sans direction ou repère. Et c’est extrêmement frustrant et décevant. Autant pour les fans aguerris que pour les curieux qui savent fredonner certains refrains populaires. Tous méritaient une orgie des chansons de Bowie pour que le film offre une vision complète et satisfaisante.

Au-delà de l’arc narratif privilégié, on ne peut s’empêcher de voir dans cette absence de la discographie de Bowie un manque de budget au niveau de la reconstitution des années 70 et la non-obtention des droits sur les pièces. Même aucune chanson de l’album que Bowie promeut aux USA, The Man Who Sold the World, n’est perceptible. Même si on sent la volonté du réalisateur et scénariste Gabriel Range d’offrir un produit de qualité, il n’a malheureusement pas toutes les cartes en main pour y parvenir, d’autant plus que sa vision et ses plans manquent d’audace et d’instinct.

Heureusement, l’acteur et chanteur Johnny Flynn excelle. Pour pallier à la contrainte musicale, il a même composé une chanson, Good Ol’ Jane, qui met bien en évidence sa voix chaude et qui est crédible pour cette période dans la carrière de Bowie. Il est totalement investi dans le rôle et apporte de fantastiques nuances, surtout lorsqu’il joue en compagnie d’une Jenna Malone fort cabotine dans le rôle de sa épouse, Angie. Dans la peau de l’agent compatissant, Marc Maron est crédible et engageant.

2.5

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