Wonder Woman 1984 : sonner faux en parlant vrai ★★★

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Marie-Claude Lessard

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En 2017, la première incursion cinématographique entièrement dédiée au personnage de Wonder Woman a connu un succès fulgurant. Sa suite, se déroulant en 19984 comme son titre l’indique clairement, était donc immensément attendue, et la pandémie de Coronavirus a plongé cette attente à son paroxysme, proclamant le film comme un symbole de la relance des cinémas. Malheureusement, après plusieurs dates de sortie reportés et la hausse des nombres de cas, voilà que le film atterrit dès le 25 décembre dans seulement quelques cinémas encore ouverts, sur les plateformes de vidéo sur demande au coût de 34,99$ ainsi que sur HBO Max.

Cette sortie sous le radar pour un film de superhéros de cette envergure et un box-office plutôt décevant en Chine (près de 38 millions de dollars en un week-end) ne vont pas refroidir les ardeurs des amateurs du genre qui verront en cette superproduction un divertissement visuellement époustouflant qui tente même de se faire profond en fin de parcours.

Après des adieux déchirants avec l’homme qu’elle aime (Steve Trevor incarné par Chris Pine) en 1918, Diana Prince (Gal Gadot) mène une existence sans éclat en 1984 en travaillant au musée d’histoire naturel de Washington. Accompagnée de Barbara Minerva (Kristen Wiig), une nouvelle collègue réservée et quelque peu mise de côté par les autres, elle devra percer les mystères d’une pierre réalisant tous les souhaits. Or, une fois qu’elles et une figure télévisuelle paumée (Max Lord interprété par Pedro Pascal) auront exprimé leur souhait respectif, les conséquences sur le reste de la population seront fatales…

Si la reproduction des années 80 est irréprochable, elle n’apporte strictement rien à l’histoire. Il n’y est aucunement question de référents culturels et sociaux reliés à cette décennie, mise à part quelques clins d’œil aux looks vestimentaires excentriques et douteux. La facture visuelle privilégie les couleurs vives, ce qui confère au film un ton léger qui, malheureusement, ne persiste pas tout au long, car d’interminables longueurs et la mélancolie de Diana prennent trop le dessus.

Bien que le retour habilement exécuté de son bien-aimé (dont on va taire l’explication pour vous laisser la surprise) apporte quelques scènes sympathiques et cocasses, la trame narrative s’avère trop statique. La trame sonore pompeuse d’Hans Zimmer essaie d’embellir cette inertie mais ne fait qu’irriter et éclipser les émotions. Les scènes d’action, bien qu’impressionnantes, prennent trop de temps à arriver sans aucune raison valable. Quand elles se pointent le bout du nez, elles surviennent dans un amas précipité de confusion. On les a attendues trop longtemps pour les apprécier pleinement.

Heureusement, la transformation de Minerva, qui avait souhaité être aussi forte, cool et sexy que Diana, est captivante, en partie grâce au brillant jeu en crescendo de Kristen Wiig qui s’avère crédible autant en nerd qu’en femme fatale qui ne comprend pas sa nouvelle identité mais qui y prend un plaisir pervers. De son côté, dans le rôle d’un homme d’affaires au bout du rouleau, Pedro Pascal va tellement dans tous les sens qu’il est difficile de savoir si on doit le détester ou ressentir de l’empathie pour lui. La Diana de Gal Gadot semble ici éteinte par moments. Même si cela est justifié, on hâte de la voir retrouver sa vigueur et sa pétillance…

Le film appuie beaucoup trop sur le fait qu’il faut faire attention à ce que l’on souhaite dans la vie, car la vérité, même si elle nous paraît terne, est belle et triomphera. Le message n’est pas assez subtil et verse allègrement dans la morale complaisante. On salue l’effort de susciter une certaine réflexion, mais le scénario est si éparpillé que l’exécution donne une fausse impression, et cela est étrange quand il est question de vérité…

Bref, malgré ses défauts et sa durée inutile de 150 minutes, Wonder Woman 1984 de Patty Jenkins fait passer un bon moment et donne hâte de découvrir le troisième volet des aventures de la femme au lasso d’or. Force est de constater que les films hollywoodiens à grand déploiement nous avaient bel et bien manqué…

3

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