Cyrano amorce avec panache la saison 2026 du Théâtre du Rideau Vert. L’occasion de redécouvrir l’éblouissant classique d’Edmond Rostand. Pour cette nouvelle adaptation, René Richard Cyr a fait un choix audacieux : privilégier la force du texte en sortant des codes établis.
Oublier la pompe d’une reconstitution historique ou d’un spectacle de cape et d’épée, la scénographie se vaut par sa sobriété. Le décor se décharge ainsi de tout artifice, hormis quelques accessoires. Cette approche spartiate pourra surprendre, donnant parfois l’illusion d’assister à une répétition. Seulement, c’est pour mieux capter l’attention du public. Pour revenir à la quintessence des mots, véritable écrin de la pièce. La langue y est ainsi célébrée, portée par la musicalité des alexandrins, les jeux de mots, sans oublier l’inoubliable tirade du nez.

Tout part d’un chassé-croisé amoureux. Tombée sous le charme de Christian, Roxane s’en remet à Cyrano sans savoir qu’il l’aime en secret. Ce dernier prend néanmoins son rival sous son aile à qui il prête sa plume pour conquérir la femme de leur vie. Cette confusion des sentiments se nourrit ainsi de non-dits et de faux-semblants.
MAGISTRAL MCGINNIS
Au théâtre, le rôle-titre de Cyrano exige non seulement une parfaite diction, mais aussi une souplesse de jeu. Durant 1h50, le comédien virevolte en tout sens, restant le pilier de l’intrigue.
Après ses prestations marquantes de mathématicien bègue (La machine de Turing, 2024) et d’handicapé difforme (L’Homme éléphant, 2018), Benoît McGinnis ajoute ce personnage iconique à sa mirifique carrière. Entre flamboyance et vulnérabilité, le comédien prête ses traits à cet insoumis romantique. Une interprétation vibrante qui souligne encore sa virtuosité.

Malgré son magnétisme, McGinnis soutient ses partenaires sans les laisser dans l’ombre. Justin Simon (Christian) offre à son tour un jeu senti. Quant à Charlotte Aubin (Roxane), elle brille par sa fraîcheur exaltée qui modernise son rôle. Les autres comédien·ne·s viennent soutenir ce trio dans un bel équilibre.
LA FORCE DES MOTS
Depuis sa création en 1897, Cyrano est une œuvre universelle. L’apparence, l’estime de soi ou encore l’authenticité sont au cœur de ce drame romantique. Des thèmes intemporels, surtout à l’ère des médias sociaux.
La version de René Richard Cyr est un diamant brut. Il en cisèle subtilement chaque facette pour en révéler tout leur éclat. On y voit scintiller chaque trait d’esprit, aveu ou blessure du cœur. Le cadre intimiste devient alors une puissante caisse de résonance. Cette adaptation contemporaine revient alors aux sources du théâtre : faire de la scène un lieu de parole et d’émotions.
