Black Widow : à la hauteur mais un peu trop tard ★★★1/2

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Marie-Claude Lessard

Après avoir consommé sur Disney+ les séries nommées aux Emmy Awards WandaVision et Falcon et le soldat de l’hiver ainsi que Loki dont tous les épisodes sont maintenant disponibles, les fans de Marvel peuvent enfin se mettre sous la dent depuis le 9 juillet un nouveau produit original provenant du célèbre studio, cette fois-ci un film, dans les salles obscures et dans l’accès Premium de Disney+. Et ce Black Widow était immensément attendu comme en témoigne son box-office de 80 millions de dollars (du vendredi 9 juillet au dimanche 11 juillet) , le meilleur post pandémie qui, en date du 17 juillet 2021, est grimpé à 113 millions de dollars. Ceci dit, est-ce que l’attente en valait la peine? Oui, même si elle affecte également le film en bout de ligne.

En fait, ce film ne se fait pas attendre depuis le début de la pandémie, mais plutôt depuis l’arrivée du personnage de Black Widow (Natasha Romanoff) incarné par Scarlett Johansson dans l’univers cinématographique en prises de vues réelles des Avengers en 2010 grâce à Iron Man 2. Depuis, l’agente russe du KGB, d’abord entraînée à tuer avant de se ranger dans le clan des superhéros, a enchaîné les apparitions dans les films en solo de ses confrères en attendant sagement son tour.

Dans la chronologie du MCU (Marvel Cinematic Universe), ce tour se déroule entre les événements du film Capitaine América : la guerre civile  et  Avengers : la phase finale. L’introduction haletante et le générique intriguant  au son de Smells like teen spirit magnifiquement reprise par Malia J relatent de manière prenante comment Romanof et sa  »soeur » plus jeune Yelena Belova (Florence Pugh) sont devenues des veuves noires, soit des assassins en puissance malgré elles.

Libérée depuis des années des griffes du General Dreykov (Ray Winstone) qui a lavé son cerveau et celui d’une armée de femmes innocentes dans sa cruelle chambre rouge, Romanoff doit à contrecœur renouer avec son passé lorsque sa sécurité est de nouveau menacée, ce qui donnera lieu à des retrouvailles familiales particulières, spécialement avec Yelena qui n’est nullement impressionnée par la popularité de sa sœur engendrée par son statut d’Avenger.

L’excursion en solo de Black Widow est donc axée sur ses origines familiales, un filon bien exploité qui permet à l’œuvre de se distinguer des autres films de la franchise Marvel. Mêlant émotions, pointes d’humour ironique et spectaculaires scènes de combat, Black Widow flirte avec le thriller d’espionnage sombre, mais s’y perd légèrement lors du premier acte du film avec un enchaînement de scènes d’arts martiaux qui, bien que superbement exécutées et visuellement grandioses sur grand écran , n’apportent rien de bien substantiel au récit et trainent ainsi en longueur.

L’absence de caméo de d’autres personnages issus de l’univers du MCU sera décevante pour certains et rafraichissante pour d’autres. Il est vrai que la présence d’un personnage comme Bruce Banner/Hulk (joué par Mark Ruffalo), qui entretenait une romance adorable mais compliquée avec Romanoff, aurait pu ajouter un effet comique et spectaculaire, mais il est également intéressant de voir un personnage défendre une histoire engageante sans l’aide d’aucun Avenger. Les protagonistes féminins dotés d’une forte et attachante personnalité ont a la part belle dans le scénario qui se permet de toucher à des sujets délicats et complexes comme les abus psychologiques et l’exploitation de jeunes filles jusqu’à l’âge adulte sans tomber dans la complaisance.

Pour équilibrer le ton sérieux, des répliques mordantes truffent le film qui, malgré sa durée de 2h13, passe très rapidement. L’autodérision est de mise avec les références à la pose irréaliste de Natasha Romanoff lorsqu’elle atterrit sur ses pieds que prodigue fréquemment une Yelena blasée et hilarante. L’apport de David Harbour dans le rôle d’Alexei AKA Red Guardian est également bénéfique. En ancien superhéros tourmenté et grossier en manque de gloire et de chair humaine, l’acteur réussit haut la main son baptême dans l’univers de Marvel. Il ne serait pas surprenant de le revoir dans d’autres futures superproductions…

Idem dans le cas de Florence Pugh. La vedette montante qui a notamment brillé dans le drame d’horreur Midsommar ou encore dans le remake de Les 4 filles du Docteur March qui lui a valu  en 2020 une première nomination aux Oscars (dans la même catégorie que Scarlett Johansson  (Jojo Rabbit)) interprète avec fougue et nuance une femme indépendante, dégourdie et extravertie qui ne s’excuse jamais pour ses gestes impulsifs ou ses remarques déplacées. Elle tente de faire la paix avec son passé en mordant à fond dans le présent.

Pour ce qui semble être, sans ne rien dévoiler, l’ultime chant du cygne de sa Natasha Romanoff, Scarlett Johansson montre avec le talent qu’on lui connait toute la complexité et l’évolution de son personnage qui est passé de la sublime femme fatale aux multiples changements capillaires à une héroïne douée qui séduit tout autant avec ses valeurs et son grand cœur. On peut donc dire que la réalisatrice Cate Shortland a réussi à aller chercher des performances inspirées de la part de l’ensemble de sa distribution.

Malgré tout cela, force est de constater que Black Widow arrive un peu trop tard. Avec la tangente que prend le MCU, il est difficile d’envisager une autre aventure solo pour Romanoff qui soit cohérente et pertinente, et ce constat entache les sentiments reliés à l’œuvre. Pourtant, le film démontre aisément qu’elle a tout ce qu’il faut pour battre de ses propres ailes à plusieurs reprises. Espérons seulement que Marvel a appris sa leçon et que ça ne prendra pas un autre dix ans, Capitaine Marvel exclus, pour qu’un personnage féminin aimé ait ses propres histoires, et pas seulement une fois.

Finalement, comme dans presque tout bon film de Marvel qui se respecte,  Black Widow contient un générique dans lequel se cache une scène exclusive et importante à la compréhension des futurs projets du studio. Sans gâcher le plaisir, disons que cette scène est l’une des meilleures dans l’histoire des génériques de Marvel, car elle surprend et donne cruellement hâte à la série Hawkeye qui sera disponible sur Disney+ plus tard en 2021. Il est bien de préciser que les néophytes de Black Widow et des Avengers risquent de se sentir perdus lors du premier acte du film, mais l’intrigue finit heureusement par vivre d’elle-même sans que les référents aux œuvres précédentes soient absolument nécessaires à la compréhension.

 

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