Casse-Noisette : 55 ans et un peu de poussière

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Maude Ringuette-Vachon

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La troupe des Grands Ballets Canadiens est de retour avec le ballet inspiré du conte de Ernst Theodor Amadeus Hoffmann paru en 1816. Cela fait plus de cinquante ans que ce ballet est présenté par la troupe et le public ne semble pas s’en lasser. Plus de deux millions de spectateurs ont assisté à cette version de Casse-Noisette depuis 1964. Il s’agit du spectacle ayant tenu l’affiche le plus longtemps au Canada. Mais peut-être est-il temps de le remiser au placard pour quelque chose de plus moderne ?

Depuis 1965 jusqu’à son décès en 2006, Fernand Nault était le chorégraphe attitré des Grands Ballets Canadiens. La compagnie compte plusieurs de ses créations à son répertoire telles que La Fille mal gardée, La Symphonie des psaumes, La Scouine, Carmina Burana, Tommy et bien sûr Casse-Noisette.

Sa chorégraphie, accompagné par les décors magiques de Peter Horne, les costumes multicolores de François Barbeau et l’éclairage féérique de Nicolas Cernovitch, font de ce ballet un grand classique. Pour les spectateurs les plus aguerris, les deux heures du spectacle passent à toute vitesse dans la joie et le plaisir, mais pour les autres… c’est parfois tout un défi de rester éveillé !

L’histoire est un peu simpliste et, malgré le grand talent de l’entière distribution, il est difficile de retenir quelques bâillements alors que les doux airs de Tchaïkovski nous bercent lentement vers le sommeil. Clara (interprété alors par Chléa Giguère), une jeune fille d’une dizaine d’années, reçoit de son parrain le docteur Drosselmeyer (Dane Holland), un casse-noisette. Son frère, Fritz (Roméo Gault), un peu jaloux, tente de lui voler le jouet et le brise. Le docteur le répare et tout est bien qui finit bien, mais lorsque la petite Clara s’endort cette nuit-là avec son casse-noisette, des souris et des rats envahissent ses rêves. Heureusement, le docteur Drosselmeyer vient à la rescousse et change le casse-noisette en vrai soldat. Un duel s’entame alors entre soldats et rats.

Clara sauve Casse-Noisette d’une mort certaine en lançant un de ses souliers sur la tête du Roi des rats. Pour la récompenser de son acte de bravoure, le docteur transforme Casse-Noisette en prince (Giuseppe Canale) et celui-ci entraîne Clara au Pays des neiges et ensuite au Royaume des friandises. La Fée Dragée et son Cavalier les accueillent et ils organisent une grande fête pour célébrer la jeune fille. Celle-ci reçoit toutes sortes de sucreries et, en compagnie de son prince, elle observe les célébrations. Le Roi des bonbons, un grand farceur, vient aussi mettre son grain de sucre, alors que la Fée Dragée et son Cavalier dansent pour eux. Après toutes ses célébrations, Clara rentre chez elle sur le dos d’un grand cygne.

La moitié du premier acte est une représentation un peu trop détaillée du déballage des cadeaux de Noël par les enfants. Cela semble interminable et aucun des danseurs n’a l’occasion de vraiment nous en mettre plein la vue. Certains dans le public apprécieront la mise en scène complexe du grand salon des Von Stahlbaum. Des enfants se chamaillent, d’autres déballent leurs cadeaux, des adultes discutent, un vieillard effectue quelques pas de danse sous les rires moqueurs des enfants… Lorsqu’enfin Clara s’endort et que les rats et souris envahissent la scène, le public se réveille et plusieurs rires peuvent être entendus. Tout d’abord les petites souris, interprétées par des enfants, sont adorables. Et que dire des rats ! Les costumes sont superbes et les mimiques des danseurs fascinantes. Tantôt animales, tantôt gracieuses.

Casse-Noisette est loin d’être le ballet le plus impressionnant du répertoire de la troupe, mais c’est le plus chéri dans le cœur de plusieurs adultes et enfants. Il est malheureux que les danseurs aient peu souvent l’occasion de démontrer leur plein talent et ce n’est que lors du deuxième acte que les battements, portées et écarts subjuguent le public.

Thé, café et chocolat prennent forme humaine et virevoltent sous nos yeux ébahis. Mais les vraies vedettes de ce spectacle sont la Fée Dragée et son Cavalier, alors interprétés par le merveilleux duo formé de Vanessa Garcia-Ribala Montoya et Roddy Doble. Pour ceux qui cherchent un brin d’humour, le Roi des bonbons vous fera rire avec ses grimaces. Le numéro du berger et ses moutons reste un des moments les plus drôles du spectacle.

Le conte d’Hoffman décrit le passage de l’enfance à l’âge adulte, avec toutes les peurs et angoisses que cela prévaut, un récit initiatique au cœur des rêves et cauchemars d’une jeune fille. La chorégraphie et la mise en scène ne font cependant rien pour mettre en valeur les qualités de l’œuvre originale et se contentent ici d’enchaîner musique et danse sans expliquer quoi que ce soit. Malgré l’Orchestre des Grands Ballets, dirigé par Dina Gilbert, qui y interprète les airs de Tchaïkovski avec brio, ainsi que la brillante distribution, ce ballet reste plutôt fade en comparaison aux autres productions des Grands Ballets Canadiens.

Casse-Noisette est présenté à la Place des Arts, à la Salle Wilfrid-Pelletier, du 12 au 30 décembre 2019.

Crédits Photos : Grands Ballets Canadiens

3.5

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