Entrevue avec James Hyndman sur l’exposition Parle-moi d’amour des Impatients

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Marie-Claude Lessard

Pandémie oblige, la 22ème exposition Parle-moi d’amour des Impatients se déroule dans un contexte différent, mais n’est pas moins importante. Jusqu’au jeudi 29 octobre, vous pouvez assister à l’exposition en ligne et participer à un encan virtuel. Tous les jours de 10h00 à 18h00, il est possible de miser sur plus de 300 œuvres faites par les Impatients et des artistes renommés dont l’artiste marraine Dominique Blain, Michel Goulet, Yann Pocreau, Amélie Pellerin, Clémence Desrochers et Caroline Monnet . Depuis plusieurs années, de nombreuses personnes atteintes de troubles de santé mentale participent aux divers ateliers créatifs des Impatients (peinture, dessin, musique…). Les effets thérapeutiques et bénéfiques de ces ateliers ne sont plus à prouver.

Porte-parole de l’événement depuis plusieurs éditions, le comédien James Hyndman salue les efforts de l’organisme pour trouver des façons de créer et d’amasser des fonds malgré les mesures sanitaires mises en place. «C’est un défi pour tout le monde. C’est un travail énorme. Les Impatients en ont tellement besoin. Ces organismes-là comptent beaucoup sur les levées de fond pour assurer leur pérennité. Chaque membre des Impatients qui fréquente les ateliers a été contacté une fois par semaine pour que le lien soit maintenu, pour que l’isolement soit un peu allégé. », a-t-il déclaré lors d’une entrevue téléphonique.

Comme le thème de l’amour peut ratisser large, les créateurs ne sont jamais en panne d’inspiration quand vient le temps de pondre une œuvre pour l’exposition. «L’exposition s’appelle Parle-moi d’amour parce qu’il faut qu’on leur donne de l’amour, parce qu’on a tous besoin d’aimé et être aimé. L’exposition est le fruit de toutes les thématiques et médiums explorés, par exemple la lithographie, pendant les ateliers. »

Encore plus dans un contexte pandémique, la santé mentale est un sujet extrêmement important dont il ne faut cesser de parler pour défaire les tabous et les stéréotypes qui y sont reliés. « C’est une question d’ouverture et de tolérance face à l’autre. Je pense qu’on a parlé beaucoup de la santé mentale pendant le confinement, et qu’on en parle encore. Au fil des ans, les gens se rendent plus collectivement compte que ces problèmes-là existent, qu’ils sont très répandus, et que des gens qui connaissent en souffrent. Il faut se rappeler que les problèmes de santé mentale d’une personne ne font pas d’elle une moindre personne. Cette personne-là continue d’exister comme être humain avec sa personnalité et son caractère, et qu’on peut partager toutes sortes de choses avec elle. Les gens sont encore mal à l’aise, ne savent pas trop comment s’y prendre, mais il faut dépasser ce sentiment de malaise et de peur. »

Alors que les cinémas, les salles de spectacle, les bibliothèques et les musées sont fermés dans les zones rouges, la place de l’art dans la société est de plus en plus questionnée alors qu’elle n’a jamais été aussi vitale et libératrice. Pour James Hyndman, le débat ne réside pas là. « Comprendre pourquoi ces établissements ont fermés et ne pas comprendre en même temps pourquoi parce qu’il n’y a pas eu de foyer d’éclosions, c’est une chose. Savoir si on donne collectivement une place suffisante à l’art, c’est une question trop vaste et nuancée pour que je rentre dans le débat maintenant. Mais, vous savez, quand on est emprisonné à l’intérieur de soi (tout le monde, pas seulement les impatients), le besoin de s’exprimer et de se raconter à l’autre est quelque d’absolument vital. Si on ne peut pas être reconnu dans les yeux d’un autre, c’est la dépression assurée. S’exprimer à travers l’art, c’est infiniment thérapeutique. Ça nous permet d’exister, de tisser de nouveaux liens, de se découvrir, de se faire voir, de changer. Les Impatients vivent cela dans les ateliers. Leur travail est vu, est reconnu, est partagé. »

Finalement, après toutes ces années, le porte-parole perçoit son rôle de manière très lucide, lui qui ne ressent aucune pression à renouveler sa manière de faire rayonner Les Impatients. «Personnellement, je n’ai jamais l’impression de me creuser la tête pour trouver de nouvelles façons de parler de la santé mentale. Il suffit d’en parler avec sincérité et authenticité. La santé mentale, c’est quelque chose qui me rejoint profondément, tout comme la différence, la marginalité et le besoin de se relier aux autres.  J’ai flirté avec certains aspects de cela tout ma vie. J’ai pu comprendre comment la pratique de l’art a pu contribuer à me construire. La cause est trop importante pour savoir le souci de se répéter.»

 

L’exposition Parle-moi d’amour bat son plein en ligne jusqu’au 29 octobre. Il est encore possible de faire des dons et de participer à l’encan. À ce jour, l’exposition virtuelle a accueilli plus de 3 500 visiteurs. Au moment d’écrire ces lignes, l’objectif de 200 000$ risque fort d’être atteint. Rappelons que Les Impatients et son directeur général Frédéric Palardy ont récemment reçu le Prix Ella Amir pour l’innovation en santé mentale 2020 par AMI-Québec.

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