Fantôme de l’opéra : simplicité et inventivité réussies

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Catherine Gervais

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Sans tout l’apparat du chic opéra traditionnel, cette version concert et française de ce spectacle classique qui tourne sur Brodway depuis 32 ans sans discontinuer se pose en agréable et juste compromis. Le spectateur qui aurait pu se faire farouche à l’idée de ne pas voir le « tout opéra » ressort absolument ébloui par l’inventivité d’un spectacle qui satisfait les attentes tant au niveau auditif que visuel.

Le ténébreux fantôme (Hugo Laporte) à demi-masqué qui hante l’opéra de Paris de la belle époque se loge ces temps-ci sur la scène du Théâtre St-Denis à Montréal. La talentueuse Anne-Marine Suire prête ses traits à la belle et prodigieuse Christine Daaé dont s’éprend le fameux fantôme que cherche à défier Raoul (Michaël Girard) déjà promis à la belle.


Ceux-ci, accompagnés de tout le reste de la distribution des personnages tirés du roman éponyme au spectacle de Gaston Leroux, foulaient pour la première fois les planches ce mercredi devant une salle pleine à craquer et fébrile de voir se déployer cette histoire de 2h40 avec entracte composée par le pluri-récipiendaire de Tony Awards, Andrew Lloyd Webber.

Dès les premiers instants, l’opulence du spectacle (et son budget) se révèle par les nombreux musiciens de l’orchestre qui trône au centre et haut de la scène, tout comme par le lustre magnifique qui s’élève alors que s’entonnent les premières notes de la plus célèbre des pièces du Fantôme de l’opéra.


Les costumes sélectionnés par Sylvain Genois sont absolument sublimes et font la belle part aux magnifiques chorégraphies de Maud St-Germain et à la mise en scène inventive d’Étienne Cousineau pour combler les aspects plus visuels du spectacle. Les acteurs se glissent aisément et de façon fluide dans un espace pourtant restreint, entre un tréteau, un escalier à l’arrière et les micros sur leur pied à l’avant. Les éclairages et quelques effets de fumée, en plus de projections sur le mur arrière de la scène, servent à suivre avec une crédibilité sans faille les transitions entre les différentes scènes et les différents lieux. Au final, ni l’absence de décor ni le minimalisme des moyens n’auront effacé la qualité, l’opulence et la richesse de ce spectacle. La simplicité et l’inventivité auront certainement servi à faire de cette version concert du fameux opéra trentenaire un véritable succès.

Dans les rôles principaux, Hugo Laporte et Anne-Marine Suire brillent de mille feux. Leur talent en voix n’a d’égal que la prestance et la justesse de leur jeu qui se révèle de belle façon sur scène. C’est Frédérike Bédard cependant qui se fait la véritable vedette de cet opéra-concert. Celle qui endosse le rôle de Carlotta est absolument éclatante, enchainant les fausses notes (par exprès, évidemment) et assumant son attitude de cantatrice diva jusqu’au bout. Son sens du timing et son assurance décrochent à plus d’une reprise des fous rires général chez un public qui a souligné son appréciation de l’actrice-chanteuse en l’accueillant chaleureusement lors du salut final.


L’opéra reste-t-il un choix plus judicieux pour se frotter à cette composition mythique? Peut-être. Mais pour celui qui cherche à s’initier pour la première fois à cette oeuvre, à découvrir l’époque glorieuse de l’opéra de Paris et son fantôme, à se vautrer dans l’écoute des pièces musicales splendides et qui ne souhaite pas aller jusqu’à Broadway pour ce faire, cette version concert offre un compromis particulièrement réussi.

Crédits Photos : Mélanie Vachon, Éklectik Média 

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