Florence + the machine au Centre Bell : le mystère des espoirs enivrants

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Marie-Claude Lessard

La rumeur circule dans l’industrie de la critique musicale depuis les débuts de la formation britannique il y a 10 ans : l’énergie scénique de Florence + the machine est si intense et positive qu’il faut absolument goûter à un de ses spectacles au moins une fois, et ce même si on ne raffole pas spécialement du style du groupe. De retour hier à Montréal moins de neuf mois après un passage exalté à Osheaga, FATM a largement dépassé son honorable réputation.

Hôte de la seconde partie de la tournée entourant le quatrième album High as hope, le Centre Bell a vibré solennellement et frénétiquement devant cette machine qui nous a effectivement enivré d’espoir. Bien que les musiciens aient rendu les célestes mélodies avec passion, précision et fougue, tous les yeux étaient inévitablement rivés sur la portion Florence du groupe, la chanteuse à la voix angélique Florence Welch. Impossible en effet de détacher son regard de celui puissant et énigmatique de l’artiste qui, pieds nus, cheveux roux et jumpsuit évasif au vent, a flotté, couru, dansé et s’est élancé avec une élégance littéralement hors de ce monde.

Les habitués du groupe ne verront rien d’imprévisible dans ce descriptif, mais, fait rare, Florence Welch a affiché au public montréalais la libération de sa vulnérabilité maintenant assumée, elle qui plonge enfin dans la lumière après une longue dépression teintée de dépendances à l’alcool et aux drogues. Ce dévoilement d’une nouvelle facette de la personnalité de Welch insufflait au concert une sensibilité à fleur de peau qui transcendait le pouvoir de la musique ; il était plutôt question d’un généreux moment de communion. Alors qu’elle s’abandonnait aussi méticuleusement que nonchalamment à la douleur de ses extraordinaires chorégraphies contemporaines, elle l’agrémentait de larges sourires illuminant le cœur, ce qui apportait une efficace touche de sincérité à son besoin incommensurable de la scène.

Pour exprimer cette joie de vivre retrouvée et propager son désir de paix dans une société en crise existentielle, Florence Welch a accouché d’une redoutable sélection de chansons ayant toutes comme fil conducteur l’amour, l’épanouissement de soi et la sérénité malgré les démons nous entourant. Ses galvanisants succès comme Dog days are over, Ship to wreck et Shake it out ne se noyaient jamais dans la prédominance du plus récent opus. Le tout, poétique à souhait, s’harmonisait magnifiquement tant au niveau des textes que des arrangements musicaux. Que ce soit lors de la performance farouchement sensuelle du single Moderation, de la livraison splendide de la ballade The End of Love, de l’incursion dans le monde de Game of Thrones avec la fulgurante Jenny of Oldstones ou pendant la magique Cosmic love se voulant être une déclaration d’amour au public, le public jubilait, chantait chaque mot et reproduisait chaque back vocal et souffle sans la moindre hésitation.

Évidemment, ses prouesses vocales ont égalé sa magnétique présence. Ensorcelantes, ses notes hautes donnaient des frissons et attiraient l’admiration. Florence n’a jamais cherché à faire l’étalage de ses capacités techniques. Fille d’instinct qui s’inspire du moment présent, elle s’adonnait à des improvisations réjouissantes qui, toujours avec les émotions justes, mêlaient savamment puissance et douceur, que ce soit en murmurant des mots de façon a capella sur la grandiose de simplicité No Choir ou en lâchant des cris gutturaux sur la percutante Big God. Alors que le public était en pamoison devant ses chants, il l’est devenu presque davantage devant sa timide voix parlée. Le contraste entre ses dynamiques numéros et ses remerciements gênés remplis d’humour saisissait et faisait fondre le cœur. Étonnée d’obtenir une parfaite obéissance de l’auditoire lorsqu’elle demandait d’éteindre les cellulaires ou de se taire pour savourer un passage plus lent d’une pièce, l’artiste a, bien malgré elle, endossé le rôle du plus sain des gourous. Elle était extrêmement pure et vraie dans sa naïveté. Par exemple, sa stupéfaction face au fait que des gens aient pris le risque de se payer des billets à la première rangée pour la voir pour la toute première fois était si adorable qu’elle inspirait la bonté et la bonne humeur.

À l’intérieur d’un décor épuré truffé de petites surprises correspondant à sa nature de bohème, Florence Welch et sa machine a encore une fois séduit Montréal qui désormais espère, le sourire aux lèvres, que la prochaine visite prendra également moins d’un an. 😉

Crédits Photos : Courtoisie 

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