Un gala éclaté et audacieux pour les 10 ans du Zoofest

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Marie-Claude Lessard

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Cet été, le Zoofest souffle ses 10 bougies. Pour souligner à quel point il s’agit d’un nécessaire et pertinent laboratoire de création, une vingtaine d’humoristes qui ont entamé leur carrière publique à ce festival ont décidé de lui rendre hommage sous la forme d’un gala qui a eu lieu hier soir à la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National pour deux représentations complètement différentes et exclusives. Le stand up a régné en maître pendant plus de 2h45, et on ne pouvait demander mieux.

Confiée à l’énergique et fort sympathique Sam Breton, l’animation a totalement été à l’image de toutes celles des précédents galas ayant pris place dans le cadre du Zoofest : un hôte élégamment vêtu, des problèmes techniques et des blagues à la fois franches, osées et percutantes sur l’actualité( oui, même une , excellente, sur Gilbert Rozon). Improvisateur hors pair, l’artiste a brillamment jonglé avec les réactions du public qui ne faisait aucun quartier. Les spectateurs ne se forçaient pas à rire, ce qui a donné lieu à de merveilleux moments de spontanéité. Avec ses expressions colorées et son hilarant faciès ressemblant à l’âne dans Shrek, l’artiste a parlé avec justesse d’évolution en se servant de ses propres expériences de gars de région qui a trouvé son bonheur et  réalisé son rêve à Montréal.

Afin de présenter les invités d’une manière moins conviviale, Sam Breton a profité du fait qu’il  les connait très bien pour leur concocter des bien-cuits juteux, mordants et savoureux à souhait. La prémisse de départ était toujours la même: un écran géant entouré d’affiches de toutes les éditions du festival diffusait des photos des convives lorsqu’ils étaient âgés de dix printemps. Simple et efficace, la formule a permis d’enchaîner les numéros rapidement. Pas de sketchs, pas de numéros entre les artistes qui sentent le malaise et le manque de préparation. Que des humoristes convaincants et talentueux qui livrent avec aplomb du matériel dont ils sont fiers.

Fait rare, aucun  des numéros présentés a raté la cible. Chaque humoriste est parvenu à livrer des lignes franchement hilarantes. La limite de temps alloué a bien évidemment aidé à garder un rythme satisfaisant. David Beaucage a ouvert le bal avec deux chansons sur le racisme et un coca avec de la glace au goût morbide qui ont averti avec force la salle bondée jusqu’au balcon qu’elle devait accepter l’humour deuxième degré pour apprécier la soirée. Martin Perizzolo a également exploré sans censure le racisme, mais en utilisant la consommation d’ici des fruits exotiques comme métaphore. Un texte juste assez vulgaire pour frapper aux bons endroits.

Les deux seules humoristes féminines de la soirée, Rosalie Vaillancourt et Maude Landry, ont toutes les deux magnifiquement tiré leur épingle du jeu. Vaillancourt, qui rôde par les temps qui courent son premier one woman show, Enfant Roi, a apporté d’efficaces et importantes nuances à son personnage scénique de fille moderne, rebelle et naïve à la voix stridente. Elle semblait mieux maîtriser son univers car elle n’allait pas dans toutes les directions. Elle aussi a abordé la thématique de la diversité en énumérant tous les chums qu’elle a eus dont un à la peau noire qui a été accueilli par sa famille à Noël avec des falafels. De son côté, Landry a enflammé la foule avec son énergie posée et ses remarquables observations sur les petites choses du quotidien. Ses gestes minimalistes et sa voix expressive ont autant séduit que ses one liners se concluant avec des punchs inoubliables. Le segment sur Siri provoque encore des crampes dans les joues.

Parmi les autres humoristes qui ont été chaleureusement applaudi, notons Yannick De Martino , qui a magnifiquement analysé les gens habitant Verdun, ainsi que le duo déjanté Les Pics-Bois qui fait toujours un malheur au Zoofest avec des propositions sortant de l’ordinaire. Hier n’y a pas fait exception avec un sketch mettant en scène un magicien pervers qui ne pense qu’à bander. Le jeu physique de Dominic Massicotte et Maxime Gervais a sauvé la mise lorsque l’idée de départ s’étirait. Parlant de magiciens, Vincent C était également de la partie avec un numéro divertissant qui démystifiait les fameux trucs reliés à cette profession.

Jay Du Temple a également été reçu avec enthousiasme. L’humoriste a abordé avec toute la bonne humeur qu’on lui connait Occupation Double et la rencontre avec les parents d’une nouvelle blonde. Guillaume Pineault a parlé de sa première expérience culinaire avec les membres de la famille de sa fiancée. Sa capacité à bien rendre les détails a encore une fois fait mouche. L’alimentation a été une thématique populaire car Charles Beauschene et Richardson Zéphir l’ont, eux aussi, abordée avec leurs univers bien personnels. Le premier a révélé qu’il a dévoré un irrésistible restant de bacon qui gisait dans une assiette abandonnée dans un restaurant déjeuner. Le deuxième s’est gentiment moqué des aliments bons pour la santé et a déclaré son amour pour la voix française d’Eddie Murphy.

Ayant passé une journée totalement merdique,  Kyan Khojandi a profité de son passage au Québec pour oublier ses tracas et nous offrir une importante réflexion sur la dépendance aux réseaux sociaux. Rien de cliché, juste un témoignage dans lequel on pouvait malheureusement que trop s’identifier. Mehdi Bousaidan a provoqué l’hilarité générale avec ses observations sur les clichés culturels et l’absurdité de certains sports qui se retrouvent aux Jeux olympiques en les comparant à des fast food québécois. Brillant!

Il suffit maintenant qu’à espérer que le gala du 15e ou du 20e célébrera l’humour avec autant de liberté et de passion!

Crédits Photos: Myriam Frenette

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