Impromptu : La société des artistes disparus

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Marie-Claude Lessard

Malgré la froideur et la pluie marquant cette fin du mois de mars, le printemps a déjà bel et bien pointé le bout de son nez ensoleillé au Théâtre du Rideau Vert avec la présentation de Impromptu. Librement basée sur le scénario du même nom de Sarah Kernochan,  cette pièce traduite par Marie-Josée Bastien respire la chaleur, la légèreté, le romantisme et l’art…mais n’est malheureusement pas aussi audacieuse que son titre l’indique.

Campée à Paris en 1836, l’œuvre regroupe des artistes célèbres en pleine émergence qui se réunissent le temps d’un été chez la richissime duchesse d’Antan (Sonia Vachon) qui les paie afin d’être divertie. Parmi eux, on compte la colorée et avant-gardiste George Sand (Myriam Leblanc) qui fait honneur à sa réputation de croqueuse d’hommes en étant obligée de régler ses comptes avec ses anciens amants Alfred De Musset (Luc Bourgeois) et Félicien Mallefille (Pierre-François Legendre) tout en s’entichant du timide, énigmatique et mystérieux pianiste Frédéric Chopin (Maxim Gaudette).

Pour sa première mise en scène au Théâtre du Rideau Vert, l’acteur Stéphan Allard, qu’on a récemment pu voir dans la sublime série Au secours de Béatrice, effectue un travail dynamique et dirige ses collègues avec doigté et admiration. On sent sa volonté de faire de cette lecture un hommage au théâtre et à l’art. Impromptu est une comédie sentimentale inoffensive et cabotine qui s’assume. Les rires abondent, les comédiens s’en donnent à cœur joie. Le décor champêtre fait rêver bien qu’il semble un peu trop plaqué.

Pour un spectacle mettant en scène des artistes décomplexés, ça manque de folie et de longues conversations et interrogations déterminantes sur la création.  On ne ressent pas la fougue, l’effervescence et la rage de vivre qui habitent ces figures de proue. Seul le personnage d’Eugène Delacroix (Mathieu Lorain Dignard) apparaît plus proche de l’image qu’on se fait de cette époque. Les amourettes et les chassés-croisés prennent le dessus sur d’autres thématiques qui auraient mérité d’être mieux polies comme le féminisme, la maternité, l’homosexualité, la place des femmes dans la société, l’infidélité ou encore la popularité qui tue l’art. Au lieu de ça, nous avons droit à des situations assez prévisibles bien que rigolotes.

L’attrait de Impromptu réside alors principalement du côté des interprètes, qui réussissent tous à avoir leur moment de gloire. Émilie Bibeau navigue habilement entre colère et fragilité. Dans le rôle de Franz Liszt, David Savard, qui porte le look gothique à merveille, séduit par son aplomb et son côté manipulateur de séducteur invétéré qui lui excuse tous ses comportements exécrables. En duchesse naïve et surexcitée, Sonia Vachon soutire de rires francs. Impossible de ne pas craquer pour son large sourire et ses yeux brillants de petite fille. Par contre, sa voix aiguë et sa diction irréprochable, propres aux mœurs de l’époque, irritent par moments.

Quant à lui, Luc Bourgeois y va à fond dans les clichés de l’écrivain marginal et alcoolique qui se fout de tout pour ne pas montrer à quel point son cœur saigne, et ça fonctionne la plupart du temps. Dans la peau de George Sand, Myriam Leblanc transcende la scène. Sensuelle, confiante et affirmée, elle détient un charisme inexplicable qui fait qu’on ne peut détacher son regard d’elle, tellement qu’on voudrait bien qu’elle soit la tête d’affiche d’une pièce s’attardant exclusivement à la romancière. Ceci étant dit, la chimie entre les acteurs opère moins bien. On ne trouve pas les couples excessivement crédibles. Les mots passionnés du texte ne se reflètent pas dans les agissements et regards que s’échangent les comédiens, malgré tout leur talent. Le ton caricatural de la pièce y est peut-être pour quelque chose…

Impromptu est présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 21 avril 2018. Les billets sont disponibles ici.

Crédits Photos : François Laplante-Delagrave

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