Un lancement grandeur nature pour un album grandement mature

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Marie-Claude Lessard

Au-delà de son indéniable talent d’auteur-compositeur-interprète, Émile Bilodeau, par sa fougue, sa lucidité, sa passion et sa fierté du Québec, suscite encore et  (pour) toujours le même constat : il est un artiste cruellement nécessaire. Le lancement mercredi soir dernier au Théâtre Fairmount de son deuxième album, Grandeur mature, disponible dès aujourd’hui, a certes fait honneur à cette impression. Devant un public enjoué qui connaissait étonnamment beaucoup de paroles de pièces supposément encore inédites, Émile est resté fidèle à lui-même, c’est-à-dire humble et drôle sans trop le chercher. C’est presque rendu cliché de le mentionner puisque l’impression est la même de spectacles en spectacles, mais la manière dont il a d’attirer naturellement sa génération pour que celle-ci montre sa plus belle facette engagée et rassembleuse nous rend tous immensément émotifs et fiers d’être qui nous sommes.

Le titre de l’album renvoie non seulement à la maturité de l’artiste depuis le raz-de-marée de Rites de passage, mais aussi aux GN, reconstitutions médiévales immensément populaires auxquelles Bilodeau fait référence depuis plusieurs mois en faisant des apparitions publiques affublé de chapeaux en peau de castor et de costumes personnifiant Robin des Bois.  Le disque est également truffé de clins d’oeil au Moyen-Âge, comme en fait d’ailleurs foi la sublime Robin des Bois qui souligne l’importance d’aimer sa profession, sinon la vie est vide de sens pour très longtemps. Lors du lancement, il s’est amusé à transposer ces codes médiévaux sur scène avec des tours, des costumes pour tous ses musiciens immensément talentueux et la présence d’un Roi et d’une Reine auxquels on devait tous faire une révérence…mais le public n’avait de yeux et de voix que pour son fou du roi préféré. Bien évidemment, tous ces choix artistiques ont évidemment une portée sociale. Bien que le monde ne tourne pas rond, il a déjà été pire, et il faut se le rappeler pour garder vivants la flamme de l’espoir et le besoin de ne jamais arrêter de persévérer. « J’ai toujours été dans des gangs, que ce soit avec l’impro ou des communautés théâtrales. Être avec un band, c’est très semblable. J’aime partir à l’aventure dans le beau pays du Québec! On se considère comme des marchands de bonheur.», a-t-il ajouté lors d’une entrevue de groupe une heure avant le lancement avec sa sincérité et sa générosité irrésistibles faisant le bonheur de tous les journalistes, même les plus pessimistes.  

De Moona à J’ai vu la France, les septs pièces composant le mini concert ont toutes fait mouche, mais on se rappelle particulièrement des pièces offrant un étonnant mélange réussi de pop et de rock. Freddie Mercury et Candy, les titres créées en duo respectivement avec Klô Pelgag et Caroline Savoie, en font partie. L’apport féminin dans ces chansons pourrait paraître minime en terme de durée mais apporte les morceaux à leur apogée.« En spectacle, quand on va faire des featuring, je vais leur donner (à Caroline et Klô), plus de place, un couplet par exemple. Par contre, dans l’album, je pense que c’est important que les gens sentent que ça vienne de moi, que je n’ai pas écrit cela pour quelqu’un d’autre parce que je ne veux pas mettre personne dans l’embarras quand je chante que les seuls qui nous envahissent ce sont les sales racistes et  les extrémistes. Je crois que ça doit ne venir que de moi.»

Piano orchestral, trompettes, batteries déchainées, mélodies jazz… Sur Grandeur Mature, Émile Bilodeau ose faire un melting pot de genres séduisant et addictif. Il propose de vers d’oreille irrésistibles. Cette liberté musicale se fusionne merveilleusement avec celle sur ses convictions politiques qu’il emmène avec des prémisses loufoques se terminant avec fracas, comme en témoigne la géniale Ton nom. Le plus bel exemple de cette fusion réside dans J’ai vu la France, un véritable bijou à tous points de vue. « On entend autant la maturité dans la musique que dans le texte. C’est important qu’on donne beaucoup de temps à la musique de parler d’elle-même. Je pense notamment à J’ai vu la France, qui est en plein milieu de l’album, pis qui nous laisse respirer pendant une minute et demie. Ça a son pesant d’or dans un album! Mais j’ai aussi des chansons qui ne sont pas politiques. Il y a des pièces comme Confessionnal et Colin qui sont axées sur la famille et l’amour. Ces chansons sont bien placées dans le setlist pour qu’on comprenne rapidement l’homme que je suis avant de comprendre ses idées.»

Possédant un style d’écriture complètement unique alliant avec harmonie anglicismes, joual,  jeux de mots et champs lexicaux originaux, Émile Bilodeau ne compose toutefois pas ses textes un dictionnaire à la main, bien que l’allusion le fasse rire. «J’apprécie le commentaire!. La langue internationale est bloquée quand tu commences un texte dans le joual, mais quand tu commences dans le joual, t’es capable de dire la la et certes sans que ça dérange. La langue québécoise est très riche à ce point de vue-là.»

Les chansons les plus incontournables de l’album :

  • Freddie Mercury (en duo avec Klô Pelgag)
  • Candy (en duo avec Caroline Savoie)
  • Robin des Bois
  • J’ai vu la France
  • Épuisé
  • Ton nom

Crédits photos : Stéphanie Payez, Éklectik Média

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