Les étés souterrains : Guylaine Tremblay au bout de la parole

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Depuis la réouverture des salles de spectacle à Montréal le 26 mars, le Théâtre La Licorne présente Les étés souterrains à guichets fermés. Ceci dit, le retour du couvre-feu à 20 heures à Montréal et Laval dès le dimanche 11 avril peuvent bouleverser les plans de certains détenteurs de billets. Il est donc important de consulter le site Internet de La Licorne afin de voir s’il y a de nouvelles places vacantes. À partir du mardi 13 avril, les représentations du mardi au vendredi auront lieu à 17h30 alors que celles prévues le samedi demeureront à 16h00.

Outre la joie de retrouver les arts vivants après d’interminables mois de confinement, les fiches artistique et technique de Les étés souterrains suffisent pour comprendre l’engouement autour de la pièce. Steve Gagnon (acteur dans L’échappée et l’adaptation du Songe d’une nuit d’été en 2018) à l’écriture. Édith Patenaude (les pièces Mes enfants n’ont pas peur du noir et Corps Célestes)à la mise en scène. La légendaire comédienne Guylaine Tremblay à l’interprétation.

L’aventure a débuté lors de la diffusion d’un épisode de Rétroviseur animé par Véronique Cloutier et mettant en vedette la reine du Gala Artis. Cette dernière y a avoué qu’elle aimerait bien tenter l’expérience d’un solo théâtral. Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Steve Gagnon l’a immédiatement contacté afin de lui proposer de lui en écrire expressément pour elle. Un dîner s’en est suivi pour discuter des thématiques que l’actrice aimerait aborder dans une salle obscure.

C’est ainsi qu’est née Les étés souterrains, une œuvre qui suit une professeure en littérature dans la soixante qui se rend, comme à chaque été, en Provence pour trinquer avec ses amis et son amant français, et surtout parler. De tout et de rien, mais surtout de ses opinions tranchantes qui atteindront le paroxysme de leur contradiction lorsque la femme impudique du corps mais pudique du cœur verra ces deux traits de sa personnalité être inversés à cause d’une terrible maladie.

La pièce englobe plusieurs thématiques comme la liberté, le féminisme, la peur de vieillir, mais elles s’emboitent avec fluidité et gravite autour du sujet principal : l’importance d’aller au bout de la parole. Le choix des mots est infiniment primordial dans le texte, même que Guylaine Tremblay questionne volontairement son choix de mots à certains moments pour montrer que son personnage analyse tous les détails et options d’un concept ou d’un sentiment pour sentir qu’elle vit tout au maximum. De son propre aveu, elle fait parfois des associations trompeuses, habitude qui a maladroitement forgé la relation qu’elle entretient avec sa fille, un lien abondamment axée sur la fondamentalité d’être une femme indépendante. Cela force le spectateur a également songé à ses propres perceptions tout en restant obnubilé par le propos de l’œuvre, même si certaines scène en Provence finissent par relayer les mêmes intentions et messages.

Ceci étant dit, les éléments décoratifs choisis nous permettent, grâce à leur simplicité forte en connotation, de nous propulser en Provence (les oranges dispersées un peu partout sur la scène) ou dans la froideur d’une chambre dans une résidence pour personnes malades (une toile projetant les confidences et révélations de la femme au fil que sa maladie progresse et matérialise la mort définitive des mots . Le contraste entre la désinvolture et l’extravagance du personnage et son impuissance donne souvent froid dans le dos, car même si on devine aisément le trouble qui l’afflige, la lente transformation physique extrêmement authentique offerte par Guylaine Tremblay permet de mieux saisir l’enjeu et les regrets liés à la situation. Comment l’actrice peut changer la position de son corps et l’état mental de son personnage à l’intérieur de la même seconde bouleverse profondément.

Dans un solo sur mesure pour elle, le premier de sa carrière, Guylaine Tremblay brille, ce qui n’est guère surprenant. On la savait déjà une formidable actrice chamélon qui réussit à saisir l’émotion juste à chacun de ses rôles, donc cette nouvelle aventure s’annonçait déjà excitante et gage de succès. Mais aucune de ses performances extraordinaires précédentes ne pouvait réellement préparé le spectateur à ce choc, cette incarnation qui restera longtemps gravé dans les annales.

Au-delà du fait de ne pouvoir s’appuyer sur aucun partenaire de jeu et s’abandonner complètement dans le vertige d’un solo, la pièce exige que l’actrice s’imagine les amis français avec qui elle passe l’été. Elle ne s’adresse jamais directement au public, chose qui demande beaucoup de concentration et de contrôle. Elle réussit à maîtriser toutes les couches que commande le texte. Passant de la joie à la peur en une fraction de seconde, Guylaine Tremblay hypnotise et provoque un torrent de rires et de larmes qui font tant de bien en cette période trouble. Sa propre vulnérabilité lors de la salutation finale démontre que Les étés souterrains est bien plus qu’une des premières productions à prendre vie après la première et deuxième vague de la pandémie.

La Licorne a exprimé son désir que la pièce soit rejouée lors de sa prochaine saison. Une tournée à travers le Québec serait également dans les plans. Il est également possible de se procurer le texte de la pièce en cliquant ICI. Parallèlement, Guylaine Tremblay retournera seule sur les planches à compter du mois d’août pour un autre solo diamétralement différent. Elle offrira son premier one woman show en carrière en revisitant de manière très intime celle d’Yvon Deschamps avec J’sais pas comment, j’sais pas pourquoi. Vous pouvez vous procurer des billets ICI.

Crédits Photos : Suzane O’Neil

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