Merci pour tout, mais vous n’auriez peut-être pas dû

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Marie-Claude Lessard

Mettons les choses au clair : Merci pour tout  de Louise Archambault est un divertissement sur fond hivernal qui se laisse très bien regarder. En cette fin de période des Fêtes, il risque de performer dignement au box-office en plus de parfaitement conclure une journée intense de magasinage ou d’activités sportives extérieures. Cependant, il passe tellement à côté de son énorme potentiel de révolutionner le genre des comédies dramatiques basées sur des conflits familiaux que le sentiment de déception s’avère malheureusement plus marquant que les rires.

Sur papier, le film, à l’affiche partout au Québec depuis le 25 décembre,  regroupe pourtant une équipe étoile, tant au niveau de la réalisation, de la scénarisation que de la distribution. Après les délectables séries cultes Rumeurs et Lâcher prise , qui en est à sa quatrième et ultime saison, l’autrice Isabelle Langlois plonge enfin dans l’écriture cinématographique avec une histoire qui s’inscrit parfaitement dans la lignée de ses déjantées succès précédents.

Quelques jours avant Noël, Marianne (Julie Perrault) et Christine Cyr (Magalie Lépine-Blondeau), mystérieusement en froid depuis plus d’un an, apprennent le décès soudain de leur père (Gilbert Sicotte). Bien que ce dernier ait plutôt été absent et négligent avec ses filles, elles respectent, un peu à contrecœur, son souhait que ses cendres soient répandus aux Îles de la Madeleine. À travers leurs querelles personnelles concernant leurs choix de vie, elles devront composer avec un amant insistant (Aliocha Schneider) et des brigands pas trop futés (Robin Aubert et Guy Nadon) ayant de dangereux comptes à régler avec le défunt.

L’animosité entre les deux sœurs réserve d’abord de savoureuses répliques qui se transforment efficacement en touchantes confidences tendrement interprétées par Perrault et Lépine-Blondeau qui n’ont point exagéré leur profonde synergie pendant la campagne de promotion du film. C’est lorsque ces personnages dévoilent simplement leurs failles, questionnements et désirs que Merci pour tout s’avère être un joli petit film humain et réconfortant.

Hélas, les situations rocambolesques causées par les petits criminels sans envergure tout droit sortis du passé trouble du père prennent inutilement et grotesquement le dessus, rendant le long-métrage tristement hystérique, prévisible et commun. Contrairement à ce qui est montré dans ses oeuvres télévisuelles , Isabelle Langlois n’a pas su ici balancer harmonieusement les quêtes de ses protagonistes et les embûches causées par les personnages secondaires. Ceux-ci, certes volontairement pathétiques, irritent à un point tel qu’ils font perdre de l’intérêt envers les intrigues et éloignent les spectateurs des véritables thématiques familiales à l’origine du film.

Chapeautée par une magnifique direction de la photographie, Louise Archambault propose une réalisation à la fois douce et énergique qui met de l’avant la richesse de l’hiver québécois et les sublimes paysages des Îles. Elle tire du duo vedette des performances inspirées, surtout lorsqu’elle a l’opportunité de développer la dynamique complexe entre les deux sœurs à travers la retenue et des instants de silence bénéfiques, à l’instar de ce qu’elle a brillamment instauré dans le grandiose Il pleuvait des oiseaux sorti en septembre dernier.

Au chapitre des performances, Magalie Lépine-Blondeau se démarque du lot pour plusieurs raisons. Elle cerne avec nuance la passion et le désarroi de Christine quant à son statut de chanteuse indépendante en plus de délivrer avec brio le décapant sarcasme qui regorge des répliques. Si le talentueux Aliocha Schneider est malheureusement prisonnier d’un personnage stéréotypé dépourvu de charisme, Robin Aubert s’en sort mieux dans la peau d’un agaçant et caricatural bandit de bas étage qui réussit néanmoins à faire sourire avec ses jurons exaspérés.

Bref, si Isabelle Langlois récidive au cinéma avec une comédie dans le même style, nos attentes seront moins élevées, mais nous conserverons le fervent souhait de se faire délicieusement induire en erreur…

Crédits Photos : Les Films Séville 

2.5

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