Un 33e Prix Gémeaux sous le signe du renouveau!

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Marie-Claude Lessard

L’industrie de la télévision québécoise a subi une année particulièrement trouble. Elle n’a pas été épargnée par le mouvement #metoo (on se souvient des accusations d’inconduite sexuelle à l’endroit du réalisateur Sylvain Archambault) et l’épineuse question de la parité. Des réseaux généralistes ont enfin osé donner une voix à des personnages atypiques et dépeindre des sujets d’actualité délicats dans des fictions audacieuses et crues. Sur une note plus joyeuse, le format télévisuel traditionnel accorde de plus en plus une place de choix aux séries diffusés sur le web. Lentement mais sûrement, elle donne également la chance à de nouveaux visages fort talentueux de briller. Lors de la conférence de presse de jeudi dernier au cours de laquelle l’animateur du gala Jean-Philippe Wauthier et Mariloup Wolfe ont annoncés les finalistes, nous avons été à même de constater toutes ces caractéristiques définissant la télévision d’aujourd’hui. Avec le lot de belles surprises et amères déceptions que ça comporte.

Celui qui animera la grande fête de la télévision seul pour la première fois a donné quelques indications sur le ton qu’il allait employer. On peut donc s’attendre à des blagues décapantes à l’instar des deux années précédentes. Jean-Philippe Wauthier a promis qu’il s’attaquera à tous les sujets chauds de l’année, ce qui inclut parler des inconduites sexuelles de son ancien collègue Éric Salvail. Puisque l’animateur désire une soirée ancrée dans notre réalité et notre époque, on peut aussi s’attendre à ce que le gala délaisse la formule de variété habituelle pour s’inspirer davantage des Golden Globes, c’est-à-dire opter pour une animation sobre et peu présente dans laquelle s’enchaine à un rythme fou les catégories. Avec Serge Denoncourt à la barre de la mise en scène, gageons, en effet, qu’il n’y aura pas de numéros chantés désuets et de chichi. Tout cela est fort prometteur!

Afin d’encourager le rayonnement des artistes féminins, l’Académie a entériné la décision d’élire Sophie Deschênes comme leur présidente. La productrice de renom derrière Mensonges, Les Pays d’en haut, 19-2 et plusieurs autres n’en est pas à ses premières armes avec l’Académie. Il sera donc intéressant de voir comment elle fera évoluer les magnifiques changements déjà mis en place. Parallèlement, toujours dans le but de faire briller les femmes, l’Académie a mis en place un camp de mentorat d’une durée de six mois destiné uniquement à des réalisatrices émergentes. Elle a également annoncé le retour de bourses pour des stages rémunérés.

En parcourant les nombreuses nominations, un constat s’impose : les membres du jury ont mis de l’avant la diversité, la relève et les séries qui ont le plus attiré l’attention du public. Sans grande surprise, Fugueuse et District 31, lauréat du Prix Jean-Besré l’an dernier qui est dorénavant éligible dans les catégories récompensant les séries dramatiques annuelles, récoltent toutes les deux douze nominations. Ces favoris s’imposaient, il ne pouvait en être autrement. L’hilarante deuxième saison de Lâcher prise,  la série policière au ton absurde Faits divers, la comédie à succès Boomerang , l’ultime saison de Au secours de Béatrice et la poignante série dramatique Plan B se démarquent avec respectivement 10, 9, 8 et 7 nominations.

Plusieurs habitués méritoires sont encore au rendez-vous comme Sylvie Léonard (Lâcher Prise), Antoine Bertrand (Boomerang), Vincent Leclerc (Les Pays d’en haut) et Guy Nadon (O’ ), mais la jeunesse a pris la place de valeurs sûres qu’on croyait intouchables telles que Marie-Thérèse Fortin (Mémoires Vives) et Sophie Lorain (Au secours de Béatrice). D’ailleurs, ces absences crèvent le cœur. Toutefois, les nominations de André Kasper, qui a interprété un jeune transsexuel, et de Mylène St-Sauveur pour Hubert et Fanny réjouissent. Idem chez l’actrice autodidacte Charlotte Legault qui a fait passer le public par toute la gamme des émotions avec son rôle de Nadia alias Miss BBQ alias Amélie Bérubé dans District 31.

Magalie Lépine-Blondeau est sans contredit la reine des nominations avec 5. Nommée pour entre autres District 31, Plan B et Boomerang, celle qui a été élue personnalité féminine de l’année au plus récent Gala Artis n’est toutefois pas assurée de repartir avec un trophée tant la compétition est féroce. Évidemment, le personnage de Nadine Legrand a frappé fort dans l’imaginaire collectif, et avec raison. Cette enquêtrice déterminée et entêtée était extrêmement attachante, mais il ne faut pas oublier que le personnage n’a pas eu un grand temps d’antenne cette année…C’est pourquoi la nomination de Magalie dans la catégorie premier rôle fait un peu grincer des dents.

Au chapitre des grands oubliés, on se doit de mentionner Ruptures et ses actrices principales (Mélissa Désormeaux-Poulin et Isabel Richer), Marie-Ève Beaulieu qui a crée tout en engouement dans Faits Divers , les actrices de soutien d’Unité 9 (Ève Landry, Danielle Proulx, Catherine Florent et Élise Guilbault) et Isabelle Vincent dans Olivier. Heureusement que d’autres performances déchirantes présentées dans cette série ont été retenues (France Castel et Kathleen Fortin).

Pour découvrir la liste complète des finalistes, c’est par ici! La soirée des artisans et du documentaire, animée par Dominic Arpin et Chantal Lamarre aura lieu le 13 septembre 2018. L’avant-première, animée par Anaïs Favron, sera diffusé quelques heures avant le Gala des Prix Gémeaux le dimanche 16 septembre prochain.

Crédits Photos : Stéphanie Payez/Éklectik Média

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