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Macbeth – Un Shakespeare hors-la-loi en coats de cuir

Macbeth offre au public une vision totalement revisitée au TNM. Robert Lepage transporte l’œuvre de Shakespeare dans l’univers des motards, bien loin de son Écosse médiévale d’origine. Comme avec Coriolan, en 2019, le metteur en scène s’ancre dans une adaptation moderne. L’occasion de découvrir ce classique sur une angle nouveau : la guerre des gangs.

Si les clans des Highlands cèdent leur place à des bandes criminalisées, le moule, lui, reste inchangé. Il est régi par un système hiérarchique, des codes et autres rivalités. Les deux univers sont ainsi parfaitement compatibles.

L’histoire reste d’ailleurs inchangée, car on y suit Macbeth dans sa quête sanglante vers le pouvoir. Sur scène, trois junkies sont l’élément déclencheur du drame. Elles lui prédisent son ascension à la tête des bikers. Cela suppose de tuer le vieux Duncan pour prendre sa place. Mais quand la prophétie s’accomplit, la violence se déchaîne.

© Yves Renaud

Un spectacle hors norme

En s’inspirant du conflit entre les Hells Angels et les Rock Machine, la pièce ravive notre mémoire collective. Tout est là pour replonger dans cette période qui a secoué le Québec des années 1990 et aux débuts 2000. Le public n’a donc aucun mal à rentrer dans l’ambiance des coats de cuir, grosses Harley et autres lunettes fumées.

L’ensemble est sublimé par l’audacieuse scénographie de Lepage. Une fois de plus, le maître des effets nous éblouit par son sens du spectacle. Dès l’ouverture, la pièce prend des allures de film avec un générique et ses accords de guitare.

Et quand le décor s’anime, on en prend plein la vue. Le motel devient un espace modulaire, qui pivote, s’étire et se déplie. Au-delà de la prouesse technique, cet origami dramaturgique est le matériau premier de ce Macbeth 2.0. Une sorte de métapersonnage dont chaque mouvement influence l’action en cristallisant ses tensions. Son cadre imposant lui confère une sorte de dimension physique dans son interaction avec les comédiens.

© Yves Renaud

Un spectacle sans compromis

Alexandre Goyette offre un Macbeth qui tranche avec l’image habituelle du rôle-titre. C’est un écorché vif, écrasé par des forces qui le dépassent. Son interprétation rend le personnage plus humain, moins despote.

Face à lui, Violette Chauveau (Lady Macbeth) est une femme-louve qui agit plus par survie que par instinct de mort.  Elle parvient à dépasser l’image réductrice de la manipulatrice pour explorer une facette plus contrastée de son rôle.

Saluons au passage le talent de la distribution à déclamer une traduction inspirée du français québécois du 17e siècle. C’est tout un défi, car le texte de Michel Garneau est semblable au joual. Durant près de 3h, le public doit se familiariser à ce langage d’un autre temps. Ce choix n’est malheureusement pas à la portée de tous et déclenche des rires inattendus. Pour une tragédie, c’est pour le moins déconcertant.

Comme tous ses spectacles, Lepage impose une vision non-conformiste qui s’émancipe de son illustre modèle. Il fallait oser et l’assumer ! Son Macbeth hors la loi témoigne d’une vision insolite marquante qui demeure une expérience théâtrale subversive.

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