Bête noire : survivre à l’impensable

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Marie-Claude Lessard

Depuis hier soir à 20h00, Séries Plus relaie une nouvelle série québécoise originale du nom de Bête Noire, un drame engageant et tristement actuel qui va susciter de vives discussions dans les chaumières. Si vous avez raté le premier des six épisodes de 60 minutes réalisés par Sophie Deraspe (le film Antigone, grand gagnant du gala Québec Cinéma 2020) ou si vous n’êtes pas abonné à Séries Plus, ne vous en faites pas, l’émission est en rediffusion le jeudi à 23h00, le vendredi à 17h00, le samedi à 23h00 et le dimanche à 21h00.

La scène d’ouverture de cette série signée Patrick Lowe et Annabelle Poisson donne des frissons dans le dos : Mélanie Rivard (Isabelle Blais) apprend sur son lieu de travail que le collège où ses deux enfants, Jérémie (Zakary Auclair) et Léa (Marine Johnson), étudient a été la cible d’une tuerie ayant fait six morts et plusieurs blessés. On assiste avec effroi et empathie à l’état de choc des étudiants et la quête désespérée de réponses de la part de parents tétanisés. Et puis, la nouvelle devient encore plus horrible pour Mélanie et son mari Luc (Stéphane Gagnon) lorsque la coroner Éliane Sirois (Sophie Cadieux) et le sergent Jasmin Boisvert (Martin Dubreuil) leur annoncent que c’est leur fils qui a perpétré le sanglant attentat avant de s’enlever la vie.

La reconstitution de la tragédie et l’hystérie qui s’ensuit sont magnifiquement exécutées par Sophie Deraspe qui s’assure de monter habilement un suspense haletant tout en plongeant profondément dans les états d’âme des personnages visés de près ou de loin par cette terrible épreuve. Bien sûr chargé d’émotions variées, le scénario de Bête Noire impressionne par sa manière de traiter un sujet aussi lourd et désastreux sans sombrer dans la morale sirupeuse ou prendre parti. Toutes les conséquences, les raisons liées à ce drame épouvantable et les thématiques sous-jacentes sont déployées. Parmi elles, notons la qualité de l’éducation véhiculée par les parents, les contradictions dans les sentiments d’une mère endeuillée qui n’avait rien vu venir, un couple en crise qui ne vit pas l’événement de la même manière, les jugements et le manque de sympathie des gens et les secrets importants que cache la sœur.

Sans ne jamais excuser le geste posé par Jérémie, les multiples retours en arrière nous permettent de comprendre sa solitude, ses questionnements existentiels et la colère qui l’habitaient. L’écriture naturelle des dialogues fait en sorte que les adolescents accrocheront à la série sans avoir l’impression de se faire dicter un message plaqué. C’est pourquoi la série devrait même être présenté dans les écoles afin de discuter de la santé mentale des adolescents qui devient plus préoccupante que jamais dans le contexte actuel.

Toute la distribution excelle, à commencer par Isabelle Blais et Sophie Cadieux qui trouvent ici des rôles exigeants qui les poussent à explorer des registres différents. Bête Noire est sans contredit l’un des meilleurs drames de l’année. Ne le manquez pas!

Crédits Photos : Lou Scramble

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