Isabelle Boulay :

Isabelle Boulay : de l’Olympia à Stradivaria

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Stéphanie Payez

Le 4 décembre 2020, Isabelle Boulay devait souligner les 20 ans de son premier passage à l’Olympia de Paris. Les circonstances pandémiques ayant causé le report du spectacle à plusieurs reprises, Isabelle a profité de l’occasion pour réserver la date du 6 juillet 2022 et fêter ainsi son cinquantième anniversaire dans cette salle mythique qui l’a toujours fait rêver auprès de son public d’outre-mer. Ce spectacle signature était une façon pour l’artiste de faire les chansons qui lui ont permis de créer un lien avec le public français tout en laissant de la place à Starmania et Serge Reggiani qui a été important dans son parcours. Pour ce spectacle unique, Isabelle voulait aussi ouvrir une porte sur l’avenir et sur son prochain spectacle intitulé D’Amérique et de France. Elle a d’ailleurs créé pour l’évènement un triptyque de chansons d’Alain Bashung.

Pour cette soirée de célébration, Isabelle a eu le plaisir de retrouver des personnes avec qui ça faisait longtemps qu’elle n’avait plus travaillé comme entre autres son amie et habilleuse Diane Coudé ainsi que son ancien directeur de tournée Dominique Romano.  La chanteuse voulait aussi amener le public dans un son particulier à la fois rock, country et folk. Le paysage musical a pu se dessiner grâce à la présence de ses nombreux musiciens : Alain Nanty, Éric Sauviat, Simon Godin, Alexis Martin et Mathieu Désy. Pour construire un spectacle de cette ampleur, cela a pris du temps à l’artiste. C’est d’ailleurs à l’issu des répétitions, qui sont des moments très importants pour elle, qu’elle a su à quoi celui-ci ressemblerait et quelles chansons elle y interpréterait.

Crédit photo : Stéphanie Payez / Éklectik Média

Lorsqu’elle a commencé la sélection des chansons pour le spectacle, l’interprète avoue qu’il y en avait 36 pour ensuite passer à 32 et 26 chansons en répétition pour arriver au final à 23 chansons. Le choix de laisser certaines chansons se fait au niveau du son : « En fait, il y a comme une unité qui se forme, un son qui se fait et il y a des chansons qui ne marchent plus dans le son qu’on est en train de faire. Donc, j’obéis à la force et je m’incline devant la force. Je suis au service de l’œuvre. Par exemple, Un jour ou l’autre, on voulait la faire à l’Olympia, mais, musicalement, on n’était pas capable de la faire sonner pour la rendre dans l’unité des autres, donc il a fallu faire des choix. »

Bien que cette soirée marquait les 50 ans d’Isabelle, ce fut également un anniversaire pour les fans qui la suivent depuis ses débuts. On a d’ailleurs demandé à l’artiste comment elle parvenait à dresser la ligne entre ce qu’elle aime interpréter et ce que le public aime entendre d’elle. « Je suis quand même assez à l’écoute des gens. Il y a des chansons que je voudrais mettre un peu plus de l’avant, mais j’essaie de créer un équilibre entre mes envies et ce que les gens attendent de moi. Je me fais un devoir de leur donner ce qu’ils ont envie d’entendre aussi. »

Pour Isabelle Boulay, monter sur la scène de l’Olympia, c’est aussi se mesurer à elle-même, et ce 6 juillet dernier, c’est avec une grande fierté qu’elle y est une nouvelle fois arrivée. «J’y suis arrivée parce que, ce soir-là, je me suis dit que c’est Isabelle Boulay de Sainte-Félicité qui va monter sur la scène, c’est la fille à Raymond. Ça m’a pris toutes mes forces parce qu’on est quand même tout seul quand on y va, même si on a mis toutes les personnes autour de nous pour nous porter.»

Crédit photo : Stéphanie Payez / Éklectik Média

De passage au Festival Stradivaria  

Cette année, le Festival Stradivaria a pour slogan de Beethoven à Boulay, un slogan qui a valu d’ailleurs une belle réaction à Isabelle : « Je trouve ça Rock N’Roll, un peu punk! En même temps, je trouve que ça montre l’ouverture et la démocratisation de la musique d’un côté ou de l’autre pour les fervents. Mon fils, ses influences sont classiques alors que moi j’en ai très peu écouté. Je connais les pièces majeures, mais je ne suis pas quelqu’un de très cultivé au niveau de la musique classique, mais j’apprécie, j’aime l’exécution et j’y suis vraiment sensible. Je sais que ça n’aurait pas été ma voie à moi de faire du chant classique, je suis trop un cheval sauvage pour ça. »

Le 27 juillet dernier, c’est donc dans le cadre de ce festival qu’Isabelle a livré, aux côtés de son ami et pianiste Benoit Sarrasin, son spectacle Interprète au sein de l’église St-Jovite. Un cadre dans lequel l’interprétation d’Isabelle est peut-être plus recueillie et qui rejoint un peu le tempérament des spectateurs qui viennent la voir, même dans des salles plus traditionnelles. Isabelle a même admis en souriant : « J’ai l’impression qu’ils sont comme à l’église. Le public est très recueilli dans nos spectacles. Il est à l’écoute et attentif, mais quand j’ai fait l’Olympia, je l’ai quand même un peu surpris avec les chansons de Bashung ou comme quand j’avais fait la tournée country. C’est audacieux comme le titre du slogan de Beethoven à Boulay! »

Crédit photo : Stéphanie Payez / Éklectik Média

Ce qui rend une performance à la fois unique et particulière au sein d’une église, c’est surtout l’écho qui résonne dans l’espace et qui change forcément quelque chose au spectacle. « Au niveau sonore, oui. Par exemple, je ne travaille jamais avec des moniteurs dans les oreilles parce que, justement, j’ai besoin de sentir l’espace, mais c’est clair que ça change le niveau d’écoute. Dans les églises, c’est particulier parce qu’il y a beaucoup de bois, il y a des voutes et des hauteurs, et ça fait voyager le son différemment, ça c’est clair. Il faut être plus attentif pour la justesse parce qu’il y a plus de possibilités que le son se dérobe. »

Le spectacle Interprète est un spectacle qu’Isabelle Boulay offre au public depuis maintenant quelques années, notamment à cause de la pandémie qui a empêché celui-ci de se terminer officiellement. Au même titre que son spectacle Merci Serge Reggiani, le spectacle Interprète sera toujours un spectacle vivant qu’elle pourra reproduire éventuellement et dont elle ne se lassera jamais.

« Ça peut m’arriver, mais toujours pour améliorer. Je ne suis pas comme Benjamin Biolay qui change souvent les chansons et qui aime être sur le fil du rasoir. Pour moi, une fois que le spectacle est construit, c’est comme une entité donc il peut arriver de changer un peu l’ordre comme ce soir par rapport au Petit Champlain ou à l’église Saint-Jean-Baptiste. Je dirai que, quand j’arrive au septième, huitième spectacle, en général c’est bon. C’est pour ça que l’Olympia, c’était particulier parce que j’allais le faire qu’une fois et il n’y avait pas de place laissée au hasard, fallait que je tienne le spectacle tout le long. C’était un mélange de plaisir et en même temps de grande audace. Je pense que c’est un des trucs qui m’a demandé le plus de courage. »