créature Rita Baga

Les dessous de Créature de Rita Baga

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Marie-Claude Lessard

La créature Rita Baga a envahit le showbiz québécois et, heureusement pour nous, est là pour y rester. Après avoir été finaliste à la première saison de Canada’s Drag Race, panéliste à l’émission Qui sait chanter? sur Noovo, chroniqueuse à Bonsoir, Bonsoir et à La semaine des 4 Julie ainsi que sur la couverture du Elle Québec cet été pour ne nommer que ces projets-là, voilà que Rita Baga, Jean-François Guèvremont de son vrai nom, présente officiellement ce soir à l’Olympia de Montréal son premier spectacle solo intitulé Créature. Voici ce que la drag-queen la populaire de l’heure a bien voulu nous dire sur les dessous de ce spectacle fort attendu qui met en scène une extraterrestre descendue sur Terre et qui découvre ce qui a définit plusieurs décennies au niveau artistique…

La première médiatique montréalaise de ton one drag show Créature aura lieu ce soir, et il reste très peu de places et une supplémentaire est déjà annoncée. Comment évalues-tu ton niveau de fébrilité en ce moment?

Ben, je suis très fébrile! J’ai un stress qui est là, mais positif. J’ai hâte. On a eu l’occasion de faire 8 rodages déjà, donc le show roule bien. On sait que les réactions sont bonnes jusqu’à présent, mais là c’est la version définitive et finale qu’on présente jeudi. J’ai très hâte.

rita baga

As-tu ressenti plus de pression lors du premier rodage de ton spectacle ou la première médiatique augmente le niveau de stress?

C’est sûr que la première fois qu’on l’a fait, le premier rodage, c’était la première fois qu’on mettait tous les morceaux de puzzle ensemble, donc le stress était très grand. Maintenant, j’ai un stress différent par rapport à jeudi parce qu’on dirait que ça rend le show plus officiel. On a moins de marge d’erreur qu’en rodage, mais je suis quand même confiant et mon stress est positif. Habituellement, je carbure bien au stress, donc ça devrait bien aller jeudi.

Outre le fait de démystifier l’univers de la drag et le rendre accessible, qu’est-ce qui t’as donné envie de proposer un spectacle grand public alliant chant, humour, danse et lip-sync? 

C’est sûr que l’accessibilité est le pas numéro un parce qu’on était souvent limité aux bars. J’avais envie d’aller dans des endroits où ce n’est pas possible, où ce n’est pas courant d’avoir des spectacles de drag. Je pense entre autres à des régions comme l’Abitibi. J’ai fait quelques shows ici et là et ça a toujours bien fonctionné. On va un peu partout au Québec pour présenter quelque chose qui est monté avec une grosse production où le choix des chansons et des costumes peuvent plaire à toute la famille. 

Vu que tu as l’habitude de faire des blagues plus salées dans les bars, est-ce que cela a été difficile d’adapter ton humour pour un spectacle destiné à toutes les générations ?

Non, je pense que l’exercice s’est fait assez naturellement. J’ai déjà fait des spectacles grand public dans les festivals, à l’extérieur ou encore dans les milieux scolaires. Ce qui est plus difficile, c’est de trouver un bon équilibre dans le choix des chansons et des numéros pour que ça plaise à tout le monde et que ça reste grand public. Un numéro peut cibler un groupe d’âge en particulier.

Justement, comment s’est faite la sélection des chansons? Est-ce que tu es sorti de ta zone de confort avec des chansons que tu n’as pas forcément fait beaucoup sur scène auparavant ?

Les trois quarts des chansons du spectacle, je ne les avais jamais faites avant. Le plus important quand j’écris un spectacle, c’est toujours d’avoir une ligne directrice. Quand j’ai trouvé la trame narrative du spectacle, tout a coulé assez naturellement parce que je voulais qu’il aille un lien constructeur d’un tableau à l’autre. Je me suis aussi donné le défi d’aller dans endroits dans lesquels je n’étais jamais allé pour justement essayer de toucher le plus de choses différentes dans le spectacle. Ça a été un bon challenge, mais les réactions sont bonnes. Je lis un peu les commentaires des gens qui ont assisté à mes spectacles en rodage, et ce n’est pas tout le monde qui a le même bloc ou la même période préférée dans le spectacle, donc ça a fonctionné. On est capable de toucher plein de gens différents avec différents tableaux.

créature rita baga

Comment coordonnes-tu les changements de costumes qui doivent se faire rapidement sur scène ?

Tous les costumes ont été faits pour les spectacles. On a trouvé une façon pour combler les moments où je ne suis pas sur la scène parce que je me change. Il faut dire aussi que je coproduis la tournée avec mon conjoint qui est aussi responsable de me changer à chaque spectacle en bas de 2 minutes, fait qu’on a une loge temporaire qui est cachée, un peu comme Céline. Pour les numéros où il faut que je me change très vite, je vais me cacher là. On change les chorégraphies, on sait ce qui va où, à quel moment. À chaque fois qu’il y a un changement de costume, je n’ajoute pas juste un petit quelque chose, je me change de la tête au pied en 2 minutes. Ça semble bien impressionner les gens.

Le titre Créature vient du fait que tu te considères comme une bibitte dans le showbiz et que tu as une passion pour les extraterrestres. Lors de la finale de Canada’s Drag Race, tu as dit que tu étais une Alien actress. Le terme actrice est très important, car tu joues. Comment le personnage a évolué au fil des années?

Quand j’ai commencé la drag, c’était un petit hobby ou quelque chose que je ne pensais pas faire longtemps, donc j’y appliquais moins d’efforts. Disons qu’il y avait moins de recherches, j’en faisant quand même, mais il y en avait moins. Je prenais moins ça au sérieux. Puis, en développant cette passion-là et en ayant la piqure, j’ai cherché à sortir du lot comme dans n’importe quelle destination artistique où tu veux développer ta signature, tes couleurs. Je suis passé en quelques années au personnage de Matante Rita qui portait des robes fleuries et de cheveux courts et qui faisait des chansons québécoises à un look plus soigné, plus diva, plus année 80.

Au niveau de l’interprétation, j’ai un registre beaucoup plus grand que lorsque j’ai commencé. Je n’ai pas peur de faire autant de numéros de danse que de faire des reprises de numéros plus théâtraux. Je pense que je suis beaucoup plus versatile que quand j’ai commencé, mais ça vient avec la passion. Je dis toujours aux gens que ce qui fait une bonne drag, c’est d’avoir plusieurs cordes à son arc et, ça, ça se développe.

Est-ce que Rita arrive à te surprendre quand tu l’incarnes?

Après 15 ans, il y a moins de surprises. Il y en a encore des fois où je me dis : Ah, j’ai des doutes, je ne serais pas capable. Il y a une toune dans le spectacle où je me disais : Mon dieu, je ne serais pas capable d’apprendre cette chanson-là! C’est une chanson qui est un extrait live d’un monologue et qui est très difficile au niveau du lip-sync. L’enregistrement ne donnait pas bien, je l’ai fait arrangé. Les gens qui savaient que j’allais faire ça n’étaient pas certains que ça allait fonctionné, et finalement ça fonctionne à tout coup dans le spectacle. C’est comme une bonne surprise de me mettre en confiance pis de me dire : Ben non, je vais être capable. Des fois, quand je suis particulièrement en forme, je décide de faire plus de danse, ça m’étonne après les numéros. Je fais : Mon Dieu, j’ai été capable de faire ça pendant 8 minutes! Des fois, ce sont de longs numéros, mais avec l’adrénaline, on a des surprises.

Il y a une espèce d’aura des personnages de Michel Tremblay chez Rita. Est-ce que faire des pièces ou des films en elle ou en Jean-François est quelque chose qui t’intéresserait? 

En fait, quand j’étais au Cabaret Mado, on a fait des lectures publiques. On a fait les Belles-Sœurs et je faisais Germaine. On en a fait quand même pas mal. J’ai aussi un background en théâtre musical. Récemment, j’ai fait un épisode de Madame Lebrun dans lequel je jouais et j’ai adoré ça. Oui, c’est quelque chose que j’aimerais explorer davantage. J’aimerais ça éventuellement avoir un rôle en Jean-François. Ça fait longtemps que ce n’est pas arrivé, puis je pense que c’est quelque chose qui serait différent dans ma routine. Ça serait aussi un beau défi de jouer un personnage sans être nécessairement le personnage.

créature rita baga

La tournée Créature va contenir environ 100 spectacles étalés sur deux ans. Comptes-tu modifier le spectacle en cours de route et au fil des commentaires?

Oui en fait je le fais déjà avec le rodage qui nous a permis de voir ce qui fonctionnait bien et moins bien. Des fois, on va aussi vouloir inclure dans le spectacle des chansons qui sortent récemment et qui deviennent rapidement des incontournables. C’est sur qu’au niveau logistique, mon équipe technique n’est pas friande de ces changements-là! On ne peut pas comparé mon spectacle avec une tournée d’humour traditionnelle stand-up et micro. Il y a beaucoup de projections. Tout le spectacle a un support visuel vidéo en simultanée. Donc, quand je change un mix audio, il faut que je change la vidéo et l’éclairage qu’on avait programmés,  donc c’est beaucoup de défis, mais l’équipe sait que ça va arriver encore. Déjà juste pour la première, il y a des nouvelles choses qu’il n’y avait pas dans le rodage. Les changements peuvent aussi être au niveau des costumes. C’est un show qui va être en évolution et on est très réceptif et très ouvert aux commentaires du public. On a le luxe de faire ça avec ce genre de spectacle là. C’est sur que je suis au courant que ça n’enchante pas l’équipe technique de faire des changements (rires), fait qu’on n’en fera pas pour chaque spectacle, mais quand ça vaut la peine, on le fait.

Tu vas participer en mai 2022 au RuPaul Drag’s Con. Dans quelles circonstances as-tu été approché pour le projet et comment entrevois-tu cette expérience à Los Angeles?  

Au début, je n’étais pas certaine de vouloir le faire parce que j’ai déjà assisté à ça avant de faire Canada Drag’s Race , et j’avais trouvé qu’il y avait énormément de gens qui couraient partout. Je me suis dit que ça va en faire des bains de foule. Mais, pendant toute notre saison de Canada’s Drag Race, on s’est fait offrir cette opportunité-là. Ce sont mes collègues de ma saison qui m’ont convaincu d’y aller en me disant que ça va être le fun et que, de toute façon, t’as ton kiosque à toi, donc tu ne seras pas nécessairement dans la foule.

C’est sûr que la gestion d’une grande foule, ça me stress tout le temps, même si Rita est ben sociale. La personne en arrière, quand il y a trop de monde, est plus gênée, mais je pense que ça va être un beau trip et que ça va être le fun. C’est la première fois aussi que je vais pouvoir rencontrer les gens qui ont suivi l’émission ou qui la suivent des États-Unis depuis qu’elle a été tournée. Comme tout, j’anticipe ça très positivement. 

Tu as travaillé sept ans pour Fierté Montréal. Tu continues de contribuer à l’ouverture des mentalités sur la communauté de la liberté sexuelle et de genre avec le spectacle Créature et avec les rencontres avec le public. As-tu l’impression que ta manière de faire rayonner la communauté maintenant a plus d’impact ou c’est tout simplement différent?  

C’est différent parce que quand j’ai fait la Fierté, je pense que l’impact était direct. Ce que je faisais était par et pour les gens des communautés de la liberté sexuelle et de genre. J’étais plus sur le terrain. Maintenant, j’ai une voix qui est plus publique. Quand je m’exprime sur des enjeux qui touchent la diversité, il y a peut-être plus de monde qui écoute. Avant, j’étais plus dans l’organisation concrète, donc ce sont deux choses différentes, mais dans un cas comme dans l’autre, on essaie de faire avancer les choses et de partager de la lumière sur les choses qui en ont moins.

Justement, lors des dernières festivités de Fierté Montréal, tu as interprété Reviens-moi avec Maxime Landry qui a été vu plus 240 000 fois. On t’a aussi vu récemment chanter Aimons-nous à Belle et Bum. Tu étais en Rita lors de ces performances alors que ce sont des ballades, un genre moins associé au personnage. Dans ces moments-là, as-tu l’impression d’être plus toi que le personnage?

C’est sûr que quand ce n’est pas du lip-sync, c’est plus moi en partant. Quand les gens m’entendent chanter, surtout quand ce sont des ballades, ça les touche plus parce qu’ils ont l’impression que je suis plus connecté et moins personnage. Longtemps, je n’ai pas voulu faire de chant quand j’étais en drag, mais je suis forcée de constater que les gens semblent apprécier, donc je commence de plus en plus à en faire. Je fais une petite portion live dans le show aussi, mais on voit plus le personnage dans le spectacle et ça fonctionne bien quand même, mais le chant n’est jamais très loin derrière.

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Tu as travaillé sur des chansons, notamment avec Maxime Landry et Étienne Chagnon. Est-ce qu’on peut s’attendre à des balades qui vont un peu sortir de l’univers de Rita?  

La fibre qu’on a, c’est vraiment année 80, mais en même temps dans les années 80 il y avait des power ballade aussi donc j’en ai écrit une en français. On l’a pas encore enregistrée. À date on a fait 2 tests de chansons puis on a pas encore touché à la ballade, mais oui c’est au programme.

On a appris la semaine dernière que tu as été nommée à la Soirée Mammouth par des jeunes qui te trouvent inspirante. As-tu été surprise d’avoir touché les ados à ce point-là au cours de la dernière année? 

En fait, j’ai remarqué que ça avait touché les jeunes parce que j’en vois dans les salles de spectacles quand j’en fais, mais aussi je le vois par les commentaires sur les réseaux sociaux. Je l’ai aussi remarqué quand on m’a invité à faire une formation virtuelle pour Secondaire en spectacle. Les jeunes étaient vraiment très intéressés et allumés et il y a beaucoup de maisons de jeunes qui m’ont approché pour faire quelque chose. Je me rends compte de plus en plus que mon passage à Big Brother entre autres a touché les jeunes. Si je compare à quand j’avais leur âge, les jeunes sont très intéressés et ont accès à beaucoup de contenus drag et sur la diversité sexuelle et de genre. Moi, j’adore les téléséries et j’en regarde pour jeunes. Il y a des réalités qu’on n’avait pas dans mon temps dans Watatatow mettons. Il n’y avait pas de personnages de personne trans ou pansexuel. On n’en parlait pas, c’était très invisible, mais maintenant on en parle plus, ça fait que la génération suivante est très ouverte et très à l’affût des enjeux.

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