Made in beautiful (La belle province) : en quête identitaire

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Catherine Gervais

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L’auteur, comédien et metteur en scène Olivier Arteau présente son dernier texte Made in beautiful (La belle province à la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, où il entame une résidence de deux ans. Revampée pour inclure les actualités de la dernière heure, la pièce en est à son second tour après une brève première mouture au Théâtre Premier Acte de Québec en 2018.

Olivier Arteau, gradué du Conservatoire d’Art Dramatique de Québec en 2016 et fier représentant de la génération Y, pose son texte dans le contexte d’une réunion familiale récurrente à chaque Halloween chez Linda, qui réunit son clan pour l’occasion. Tous les débats familiaux houleux se font parallèle des enjeux sociétaux dans un style qui offre son apogée lors d’une scène qui revisite le conflit étudiant de 2012 dans laquelle les membres de la famille s’affrontent à coup de répliques empruntées directement aux différents protagonistes publics qui occupaient les tribunes à cette époque (Gabriel Nadeau Dubois, Léo Bureau-Blouin, la matricule 728 (Stéfanie Trudeau) , Stéphane Gendron, Richard Martineau, etc.). Évoluant sur 25 ans, la pièce s’amorce au lendemain de la défaite référendaire de 1995 et se fait réelle quête identitaire en revisitant tout le passé conscient de la génération de l’auteur.

Le spectateur – surtout celui de la génération Y – s’identifie largement aux références offertes par l’auteur qui propose en quelques phrases simples et détails intéressants de nous replonger complètement « dans le temps » au début des années 90 puis 2000. Les sourires de nostalgie (et de honte parfois) se font nombreux dans l’audience au rappel des événements plus cocasses et parfois plus douloureux qui ont forgé l’esprit des jeunes gens de cette génération.

L’Halloween se veut un prétexte de choix pour proposer un rassemblement familial dans lequel tout est permis et dans lequel les costumes, plus farfelus les uns que les autres, en disent long sur l’époque à laquelle se situe l’action (une image vaut mille mots, dit-on). Et, à chaque fête qui passe, en plus des costumes qui évoluent, c’est tout le reste de la pièce qui est en mouvance. Le vieillissement des personnages, la musique qui passe de la guitare sèche au techno, les éclairages qui passent du jaune au blanc, les accessoires de scène qui se font de plus en plus technologiques, les repas faits maison (le fameux pâté chinois) qui font place aux repas commandés sur Uber Eats, la langue jouale qui passe au franglais caractéristique de nos jours,  etc. Tout se coordonne pour assurer une crédibilité sans faille de cette mouvance du temps qui avance.

Cette crédibilité au niveau de la trame de fond ne se reflète pas aussi aisément dans le jeu des acteurs qui se veut réaliste, mais souffre d’un manque de définition, d’aplomb et de constance. Ce manque d’uniformité souligne une certaine faiblesse de la direction d’acteurs d’un metteur en scène qui en est à ses tout débuts. Les personnages frôlant parfois la caricature se font tout de même attachants. Ariel Charest, interprétant une « matante » un peu revêche et inculte, se distingue par son jeu adroit et véridique qui offre une évolution dans le temps impeccable et touchante.

Après la revisite de ces 25 dernières années, l’auteur nous laisse sur le constat d’une génération quelque peu en manque de repères et qui souffre d’un manque de transmission des traditions qui se perdent dans le flot du temps. Face à ce manque de repères, comment composer avec une société dans laquelle les rapports sociaux deviennent de plus en plus complexes et dans laquelle les différences semblent chercher à s’effacer?

Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 5 février

Crédits Photos : Valérie Remise

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