Une «Saint-Han» électrisante et étonnante à Laval!

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Marie-Claude Lessard

Le slogan des festivités entourant la Fête nationale 2022 est Attache ta tuque, et les organisateurs du spectacle du 24 juin au Centre de la nature de Laval l’ont bien compris! Considéré depuis plusieurs années comme le spectacle champ gauche de la Fête nationale, il a franchement fait honneur à sa réputation grâce à un public en liesse, à sa brochette d’invités disparates mais étonnamment complémentaires, son audace à plusieurs niveaux et à sa sélection de chansons sortant des sentiers battus lui permettant d’explorer autrement notre si vaste et riche paysage musical.

Fête nationale

En effet, mise à part la pièce Mon pays de Gilles Vigneault, pas de classiques de la St-Jean-Baptiste comme La danse à St-Dilon, La bittt à Tibi et Promenade sur Mars pour les têtes d’affiche Isabelle Boulay, FouKi, le DJ lavallois High Klassified, Lisa Leblanc, Hubert Lenoir, Les Louanges, Patrice Michaud, Klô Pelgag, Samian, Sarahmée et plusieurs autres. Évidemment, ces artistes ont offert des pièces plus connues de leur répertoire respectif, mais pas nécessairement les plus récentes et celles auxquelles on pense d’emblée. Cela a réjoui certains et déçu d’autres, mais une chose est sûre, ça a donné lieu à un concert constamment imprévisible et intriguant rempli de belles découvertes musicales.

Une scénographie impressionnante

Sous la gouverne d’Ines Talbi à la mise en scène, cette festivité pour la Fête nationale s’est déroulée sous le signe du rassemblement. Tout le monde avait son moment pour briller, même les 8 choristes sous la direction de Karine Pion qui, avant d’interpréter une version énergique à saveur gospel de Mon Pays de Gilles Vigneault, portaient tous un long drapeau du Québec.

Le décor était tout aussi efficace et flamboyant. Un petit écran ornait la table de DJ et deux écrans géants situés sur les côtés de la scène diffusaient des images du spectacle et de la foule avec des extraits judicieusement choisis de poèmes de plusieurs artistes québécois comme Joséphine Bacon, Émile Nelligan, Elkahna Talbi (Queen Ka) et Natasha Kanapé Fontaine. Une ribambelle de tiges de néon suspendues complétait brillamment l’espace de jeu dans lequel évoluait les guitaristes Rick Haworth et André Papanicolaou, le batteur José Major, le bassiste Philippe Brault ainsi que le pianiste et claviériste Alex McMahon.

Le sens du spectacle

Particulièrement dans le contexte d’une fête nationale, il était réjouissant de voir des artistes établis et de la relève démontrer un tel sens du partage et de la convivialité, se complimentant sans complaisance en guise de transition entre les numéros. Les sourires et les accolades étaient au rendez-vous, et on les sentait véritablement authentiques. Les doux moments de folie également. Vêtu d’un jersey où triomphait la Fleur de lys, FouKi a ouvert le bal avec Saint-Han, une ode au Québec folklorique dans le même esprit que Tokébakicitte de Jérôme 50. Le rappeur élu Interprète masculin de l’année au dernier gala de l’ADISQ a pleinement satisfait ses admirateurs qui étaient venus en grand nombre pour chanter à l’unisson les hymnes à la fête et à l’été que sont Gayé et Copilote.

Patrice Michaud, de son côté, a offert une dynamique prestation en offrant au public les appréciées Vous êtes ici, Kamikaze et Je cours après Marie coiffée d’une introduction musicale délicieusement groovy. Lisa Leblanc, quant à elle, armée de son inséparable guitare électrique et portant une splendide robe vaporeuse menthe , a décidé de présenter trois pièces issues de son cinquième opus Chiac Disco : Pourquoi faire aujourd’hui, Gossip et Entre toi pi moi pi la corde de bois.

Les Louanges, alias Vincent Roberge, a montré toutes les facettes de sa voix en interprétant l’accrocheuse Chaussée, la sensuelle La nuit est une panthère et l’émotivement chargée Cruze. Après une incursion dans son champs de Ferrofluides-fleurs, Klô Pelgag a également plongé dans son plus récent disque, l’acclamé Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, en incarnant Rémora et Mélamine en compagnie de ses fidèles acolytes dont les chanteuses Lysandre et Laurence-Anne. Comme à son habitude, l’autrice-compositrice-interprète a fait de la scène sa maison en sautillant partout entre deux envolées lyriques, jusqu’à monter sur le dos du saxophoniste Félix Petit!

Des instants immensément importants et émouvants ont également pris place sur la scène. Samian a proclamé l’importance de célébrer toutes les langues en chantant sa pièce DAH DAT, le poing levé. Sarahmée, après avoir été présentée de façon élogieuse par Klô Pelgag, a reçu une chaleureuse vague d’amour après sa flamboyante Fuego afin de souligner la résilience et le courage dont elle fait preuve en ces moments particulièrement difficiles pour elle et sa famille.

Isabelle Boulay et FouKi en duo, oui oui!

Vous avez bien lu! Isabelle Boulay et FouKi ont uni leurs forces pour la pièce de ce dernier intitulée Oui toi. La chanteuse est venue le rejoindre pour le deuxième refrain de la pièce. Cet échange improbable était fort divertissant mais beaucoup trop court pour l’apprécier pleinement à sa juste valeur. Il aurait été également intéressant de voir d’autres artistes se prêter plus longuement à ce genre d’exercice.

Isabelle Boulay s’est également démarquée en solo en offrant avec l’intensité et la vérité qu’on lui connaît les succès Parle-moi et Le saule dont les refrains ont eu des milliers de choristes! Le saule a également été l’hôte d’une jolie et improvisée marée de petites lumières. L’interprète a aussi surpris en s’attaquant avec brio à la pièce Désenchantée de Mylène Farmer.

La tornade Hubert

Après le dialogue patriotique entre Caroline Dawson et Michel-Marc Bouchard offert par Sarahmée et Samian, la tornade Hubert Lenoir a enfin fait son entrée sur les planches. Alors que les fans scandaient son nom en boucle pendant une bonne partie du spectacle, l’artiste extraverti a charmé avec sa fougue. Habile avec la foule, il l’a fait sauter à maintes reprises et l’a incitée à une séance de mosh pit et de crowd surfing au son des pièces Dimanche soir et QUATRE-QUARTS.

Ceci dit, le moment le plus déjanté et inoubliable de la soirée a été sa livraison de son hit toujours aussi accrocheur et actuel Fille de personne II. Tous les artistes sont venus le rejoindre pour chanter le refrain à l’unisson et s’adonner à une séance de danse jubilatoire qui a tant fait du bien après une cruelle absence de deux ans sans grand rassemblement.

Des hommages simples mais touchants

En surprise, la grande gagnante de la cuvée 2022 de Star Académie, Krystel Mongeau, est apparue sur la scène pour interpréter avec Isabelle Boulay la chanson J’ai un amour qui ne veut pas mourir de la grande dame de la country, la regrettée Renée Martel. À la fin du spectacle, tous les artistes avaient en main un ballon rouge pour se souvenir de l’artiste Karim Ouellet parti beaucoup trop tôt. Les titres L’amour et Karim et le loup ne pouvaient être une meilleure entrée en matière pour les impressionnants feux d’artifices qui ont terminé cette soirée électrisante et rafraîchissante qui a superbement démontré à quel point la musique est le parfait remède à tout.

Crédits Photos : Stéphanie Payez, Éklectik Média